Prévention des drogues : la répression empêche la mise en place d’un modèle adapté ! Interview du docteur William Lowenstein.

Chanvre Info va rediffuser une série d’articles parfois anciens à l’adresse d’une nouvelle catégorie de lecteurs : ceux de la "troisième voie". Des personnes qui s’intéressent à l’idée de la légalisation tout en considérant que le cannabis n’est pas une substance bénigne et qu’il faut fortement la contrôler et en imposer la prévention ! Je vous propose de commencer la série avec le professeur Lowenstein. Ici, vous le trouverez dans une courte interview. Le prochain article (L’addictologue et psychiatre William Lowenstein explique ... !) le fera discuter plus longuement en profondeur. Surveillez donc sa parution.


Publié par Libération-Société le 5 décembre 2012, écrit par Eric FAVEREAU

http://www.liberation.fr/societe/20...

« La répression n’est pas protectrice »

INTERVIEW  : Pour le Dr William Lowenstein, la ligne dure à la française nuit à l’amorce d’une politique de prévention :

Le Dr William Lowenstein, addictologue, dirige la clinique Montevideo à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, spécialisée dans les dépendances.

Que serait, aujourd’hui, une politique de prévention en matière de cannabis ?

Ce serait d’abord un repérage précoce, notamment par le biais de l’Education nationale. Repérer quand un jeune va mal, noter quand il décroche : ne pas alors tourner la tête. On pense toujours au soutien scolaire, sauf quand il s’agit de cannabis, où l’on ne va songer qu’à le mettre à porte de l’établissement. Bref, une politique d’attention. L’Education nationale doit arrêter avec la politique de l’avion : on ne fume pas dans l’avion, mais peu importe ce qui se passe avant ou après. C’est son rôle de soutenir les ados qui sont en difficulté.

Pour autant, quel langage tenir aux jeunes ?

Parler juste, et tenir un même langage. Il faut que les politiques, comme les parents ou les grands-parents, leur expliquent que le THC [tétrahydrocannabinol, le principe actif du cannabis, ndlr] n’est pas très dangereux pour les adultes. En tout cas, il l’est beaucoup moins que l’alcool, la cocaïne ou l’héroïne. En revanche, le THC peut être handicapant pour les jeunes, et surtout les très jeunes. Pour eux, ce n’est pas une drogue qui tue, mais une drogue qui handicape. Or, sur ce point-là, la France est nulle.

C’est-à-dire ?

Ce n’est pas un message permissif ou répressif que l’on doit tenir, mais un message audible et crédible. On doit dire ce que l’on sait : le THC n’est pas dangereux en soi, mais il a une forte capacité handicapante chez les jeunes. D’où l’importance de reculer l’âge des premières consommations. Et développer, parallèlement, le concept de réduction des risques. Dans un pays où près de 39% des jeunes de moins de 16 ans ont déjà pris du cannabis, alors qu’en Europe, la moyenne est de 17%, on voit bien qu’une politique répressive ne fonctionne pas. L’exemple français montre que la répression n’est pas protectrice. Quand allons-nous changer une équipe qui perd ?

Faut-il changer la loi ?

Peut-être. Mais il faut surtout commencer une politique de prévention et de réduction des risques.

Les populations à risque sont-elles identifiées ?

Sur les 39% de moins de 16 ans qui ont fumé, on estime qu’entre 15 et 20% d’entre eux ont une consommation problématique. A leur destination, il faut développer une politique de réduction des risques. Il y a des messages simples : si vous fumez, ne fumez pas seul. Evitez de fumer tous les jours, évitez le matin, etc. On peut ainsi établir des règles élémentaires aux bénéfices évidents.

Eric FAVEREAU

En haut : " Politique de l’Autruche ", en bas : " Attention manipulation "

P.-S.

Apparemment, il y a des personnes aux aspirations prohibitionnistes, qui font l’effort d’essayer de consulter et d’étudier le point de vue du camp adverse. J’ai eu des contacts dans ce sens.

Donc, j’ai pour projet actuel de ressortir des articles, quelque fois assez anciens, qui parfois pointeront sur l’argumentaire de la "Troisième voie", parfois sur celui de la "Seconde voie" (les antiprohibitionnistes consommateurs de cannabis et/ou cannabiculteurs).

Celui-ci, court, est intéressant ! Il présente les grands axes de la prévention qu’il est difficile de mettre aujourd’hui en place pour cause de répression et de non volonté politicienne ! Certes, avec la pression politique actuelle, le docteur Lowenstein ne peut se confier ici aussi sincèrement qu’il le ferait avec un ami au coin du feu ! Par exemple : à la question Faut-il changer la loi ?, il répond "Peut-être" alors que le fond de son argument et ses interventions multiples, poussent précisément à cela !

Le docteur William Lowenstein - photo issue de sa fiche Wikipédia

Un complément d’information sur "SOS Addictions" dont il est le président depuis janvier 2002.

Note : Lowenstein est souvent orthographié Lovenstein dans certains articles. Pour les tags et la recherche sur le Net, cela complique parfois la tâche.

Vous serez emmenés à rencontre ces symboles dans la série d’articles en question.

Une sorte d’iconographie qui présente les principaux protagonistes et résume le problème politique que pose le cannabis !

Ces petits tampons n’y seront pas présent "pour faire joli", mais pour informer rapidement les lectrices - lecteur, du fond de l’article traité !

Charge à vous de pouvoir en décrypter le sens :

De gauche à droite : 1 - Voie de la prohibition, 2 - Voie anti-prohibitive des consommateurs - cannabiculteurs, 3 - Troisième voie (légalisation sous contrôle d’état et sur fond de prévention), 4 - Législation - Justice, 5 - médical

Nous nous réservons le droit de créer de nouveaux tampons si l’occasion se présente. A ce sujet, d’après ce que nous apprenons en lisant certains textes prohibitionnistes, nous en avons déjà concoctés deux autres en réserve :

En haut : " Politique de l’Autruche ", en bas : " Attention manipulation "

Allez ! Ces deux derniers tampons sont pour en rire ! Vous savez bien que le cannabis rend euphorique, blagueur et hilare ! Mais il n’est pas dit ... que nous ne les utiliserons jamais !

JLB