"Québec attend le projet de loi fédéral pour changer d’approche" par Le Devoir
Publié le 22 avril 2016 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec
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Québec attend le projet de loi fédéral pour changer d’approche
Photo : Elaine Thompson Associated Press La légalisation de la marijuana par le gouvernement fédéral est prévue en 2017.
Le gouvernement du Québec se prépare sans grand enthousiasme à la légalisation de la marijuana prévue au cours de l’année 2017 par le gouvernement fédéral.
D’ici là, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales n’abandonneront pas pour autant les dossiers de possession de cannabis, a averti la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, jeudi. Cependant, ils ont toujours la possibilité d’emprunter la « voie non judiciaire » pour des personnes épinglées pour possession simple de petites quantités de marijuana (30 grammes ou moins), a-t-elle rappelé.
Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s’est aussi gardé de donner des consignes temporaires aux corps de police, comme celle de fermer les yeux face à des individus se trouvant en possession de cannabis.
À Montréal, le maire Denis Coderre a indiqué que les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) « (feront) preuve de discernement ». « On sait qu’on s’en va vers la légalisation. Je pense que, pendant tout ce processus, il faut faire preuve de discernement », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Il ne faut pas essuyer le système. »
M. Coderre a aussi plaidé pour le déploiement de différentes « mesures d’éducation » sur la consommation de ce psychotrope avant qu’il soit accessible à toute personne majeure et vaccinée.
Analyse en cours
Un comité interministériel mène déjà des « travaux d’analyse » sur les « enjeux » liés à la légalisation de la marijuana, a souligné M. Coiteux. En effet, le gouvernement québécois a préféré ne pas attendre le dépôt d’un projet de loi à la Chambre des communes. « Il y a un gouvernement légitimement élu qui va de l’avant avec un engagement qu’ils ont pris. Il y aura un projet de loi. Ma responsabilité, comme ministre de la Sécurité publique, c’est de m’assurer que les conditions au Québec soient telles qu’on puisse s’adapter à cette situation-là », a-t-il affirmé.
À l’instar de son confrère, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est abstenu de s’immiscer dans le débat sur la légalisation du pot. « Que je pense que c’est une bonne ou une mauvaise idée (c’est sans intérêt puisque) c’est un choix fédéral. Alors, à partir du moment où le fédéral décide d’aller de l’avant, on doit aller de l’avant. On n’a pas le choix », a-t-il affirmé aux médias.
M. Barrette a néanmoins appelé Ottawa à la « prudence ». Il a exhorté son homologue fédérale, Jane Philpott, à établir des « règles d’encadrement claires, précises pour la protection du public ». Bref, « comment ça va s’opérationnaliser ? » À ce moment-ci, « c’est la grande question », estime-t-il.
M. Barrette craint que le gouvernement fédéral abdique ses responsabilités comme il l’a fait lorsque les vapoteuses ont pris d’assaut le Canada. « Au Québec, on l’a, nous, réglementée. Mais la chose qui manque dans l’histoire de la cigarette électronique, c’est la réglementation de la substance qui est vapotée. (…) La normalisation de ça, c’est la responsabilité du fédéral », a-t-il rappelé.
Les modalités de vente du cannabis, après son éventuelle légalisation, constituent le « prochain enjeu » à traiter, a souligné le ministre libéral.
M. Barrette a toutefois rappelé les « effets potentiellement délétères sur la santé » d’une grande consommation de marijuana. « On pourrait faire le même raisonnement avec l’alcool. »
Avec Jeanne Corriveau