Singapour : La prohibition tue encore, R.I.P Shanmugam Murugesu

La peine de mort est toujours contestable mais elle devient injustifiable lorsqu’elle est appliquée dans des affaires de drogues, particulièrement de cannabis. Pour avoir voulu passer un kilo d’herbe à la douane, Shanmugam a été pendu le vendredi 13 mai 2005 à 2200 GMT. La chaîne de solidarité par Internet, les appels désespérés de son jeune fils de 14 ans et les demandes de grâce déposées par son avocat n’ont pu stopper la volonté gouvernementale de sévir pour l’exemple. Repose en paix (R.I.P) Shanmugam. Les hommes sont fous, ils aiment la guerre.

Ironie atroce de l’histoire, Singapour respecte le code anglais des pendaisons qui prescrit une corde en chanvre. A titre personnel, je considère cette barbarie comme un crime contre l’humanité et j’espère que le président singapourien S.R Nathan devra un jour en rendre compte devant la justice des hommes. Sera-t-‘il toujours pour la peine de mort ?

La distribution de cannabis est un crime sans victime, il est déjà scandaleux qu’elle expose à d’autres sanctions que fiscale et sanitaire. La rhétorique de la guerre à la drogue appliquée par des régimes totalitaires entraîne chaque année la mort de dizaines de milliers d’usagers. Beaucoup sont sommairement exécutés par des escadrons de la mort, la police ou l’armée. Mais pour servir d’exemple et asseoir leur politique de la terreur, de nombreux Etats pratiquent le châtiment suprême à grande échelle.

La Chine bat des records mais c’est Singapour qui massacre le plus en pourcentage de la population. D’après Amnesty international, la grande majorité des 400 pendus depuis 1991 payaient de leur vie leur attirance pour une plante ou une substance interdite. Seuls six ont été graciés. La peine de mort est la sentence minimum pour la possession de plus de 500 grammes de cannabis. A peine de quoi faire l’année pour UN consommateur régulier. Pas de quoi faire vivre le plus minable des trafiquants dans l’un des pays les plus chers du monde.

Les despotes locaux prétendent ainsi repousser l’installation des organisations mafieuses et la propagation de la consommation. En réalité, pendant que le crime organisé blanchit les immenses profits du marché noir des drogues dans les banques de Singapour, le régime fait trinquer des lampistes et des usagers pour préserver son image de dictature propre sur elle, « La Suisse de l’Orient ».

C’est la même logique de nettoyage arbitraire pour préserver de gros intérêts qui a poussé les autorités helvétiques à fermer les magasins du chanvre. En finir avec le tourisme du chanvre et redonner le marché des fumeurs de joints aux maffias pour qu’elles garnissent plus encore leurs comptes avec vue sur le lac. Certains réclament plus de répression. Mais la peur de la mort n’a pas arrêté Shanmugam et la peine capitale n’est plus appliquée en Europe de l’Ouest. Va-t-on, comme en Russie, parquer pendant des années tous les consommateurs de drogues dans des camps ? Mélanger des shiteux et des shootés jusqu’à ce qu’ils s’échangent tous des virus mortels ? A quand le pyjama rayé et le triangle vert ?

La mort de Shanmugam est encore un tragique exemple de la barbarie du système prohibitionniste. Après le suicide du jeune cannabiculteur italien pour quatre plantes, après les ravages des pulvérisations américaines sur les culture de coca et de marijuana de la Sierra Santa Martha en Colombie, les exécution sommaires des petits dealers de ChiangMai en Thaïlande et tout ceux qui aujourd’hui encore succombent à cette grande inquisition.

Les usagers ne veulent que la paix, la justice et le respect des libertés fondamentales de l’être humain. Rien dans ce qu’ils ne font ne justifie la guerre et la persécution.

Laurent Appel

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