Statut du cannabis : un débat qui enfume la France (suite)

pour les 30 ans de « l’appel du 18 joint »

L’AFP, LIBERATION, LE FIGARO et LE JOURNAL DU DIMANCHE évoquent « l’appel du 18 joint » lancé par le Collectif d’information et de recherche cannabique (Circ). L’AFP qui note que 30 ans après « l’appel du 18 joint » lancé en 1976 par Libération, la consommation de cannabis a explosé en France, indique que les avis divergent sur les effets de cette drogue. Soulignant que sous le gouvernement Jospin, la MILDT présidée par Nicole Maestracci, considérait le cannabis comme le psychotrope le moins nocif, l’agence affirme que depuis 2002, le Président de la MILDT, Didier Jayle, « a totalement changé le discours de l’institution sur le sujet, coïncidant avec le discours politique dominant ».

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Édité par TQa, mercredi 21 juin 2006 à 02:26

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L’agence qui rapporte que le livret « Drogues et Dépendances », conçu par la MILDT et l’Inpes, indique que les effets d’une consommation régulière sont « loin d’être anodins » avec des effets sur la mémoire et la concentration, d’où son danger par exemple au volant, précise que selon ce livret, la consommation régulière « serait également susceptible de provoquer des cancers mais qu’il n’existe pour l’instant aucune estimation du nombre de décès qui pourraient en résulter ».

D’après L’AFP, JP Galland, porte parole du Circ, qui a réactivé cet appel, « peine à trouver des relais dans le monde politique et intellectuel » et se dit « un peu découragé par l’étendue de l’hypocrisie et par la force de l’ordre moral qui interdisent tout débat sur le sujet ». L’agence qui précise qu’aucun des signataires de 1976 encore vivants n’a répondu à cet appel, observe que quelques 3000 personnes y ont cependant répondu parmi lesquelles, Frédéric Begbeider, Olivier Besancenot (LCR), Karl Zéro, Jean Luc Benhamias et Noël Mamère (Verts), Razzy Hammadi (MJS) et Jean Luc Romero, conseiller général UMP. D’après l’agence, la pétition intitulée « 30 ans plus tard, toujours en pétard », dénonce un « discours caricatural » qui « fait rigoler les ados et inquiète les parents » alors que « la prohibition a dynamisé le trafic, multiplié le nombre de consommateurs, enrichi les mafias ». Notant que le PS « reste discret » sur le sujet en demandant une « régulation publique » sans pourtant « reprendre les propositions iconoclastes de Malek Boutih », l’agence souligne que de son côté le ministre de l’Intérieur a prononcé « un discours très dur sur les drogues qu’il a qualifiées de « cancer » » tout en évoquant la nécessité de réviser la loi de 1970 en prévoyant notamment des « mesures alternatives ».

L’AFP signale que les Verts ont regretté samedi « l’immobilisme de la France en matière de drogue » et réclamé « la dépénalisation du cannabis et l’arrêt de la criminalisation des usagers d’autres drogues ».

LIBERATION de samedi fait sa Une sur « Le rappel du 18 joint » pour souligner que « 30 ans après l’appel lancé par Libération pour la dépénalisation, la France reste l’un des pays les plus répressifs d’Europe ». Le journal qui indique que 30 ans plus tard JP Galland du Circ « ne se fait pas trop d’illusions » sur la mobilisation, mentionne son espoir que cette célébration permette de lancer « le débat sur la dépénalisation ». Reprenant les positions de Nicolas Sarkozy et du PS sur le sujet, le quotidien relève que l’appel de 2006 tient « à peu près le même discours » que celui de 1976 mais que « beaucoup d’ex signataires manquent à l’appel. Parce qu’ils sont morts, parce qu’ils font les morts ».

Le journal qui évoque les signataires de 1976 dont B. Kouchner, I Huppert, M Leforestier, lesquels selon JP Galland, « étaient jeunes » et « ne le sont plus », constate que 30 ans plus tard quelques artistes, des intellectuels et de nombreuses associations pour la réduction des risques ont signé, avec aussi « pas mal de politiques » selon JP Galland. Anne Coppel se souvient que le rapport Pelletier de 1978 « préconisait de ne pas envoyer (les consommateurs) en prison et jugeait inutile les traitements thérapeutiques ». Aujourd’hui, selon elle, « les sanctions tombent majoritairement sur les usagers de cannabis (91%) » ce qui est « inutile en terme de sécurité publique mais fait du chiffre ».

D’après le journal, c’est également « inutile en terme de santé publique » puisque la France « est l’un des seuls pays d’Europe où le nombre de fumeurs de cannabis augmente ». Anne Coppel regrette qu’en France « on ne croit pas à la prévention » et elle assure « si les gens ne consomment pas, ce n’est pas à cause de la répression mais à cause de la réalité des risques ». Pour elle la prévention est « le meilleur frein à la consommation de psychotropes ».

« Hypocrisie » c’est le titre de l’éditorial d’Antoine de Gaudemar qui note que dans la plupart des pays de l’UE « fumer un joint n’est plus réprimé » et qui juge d’une « totale actualité » l’appel de 2006 quand « plus de cent mille personnes sont interpellées chaque année en France pour avoir allumé un pétard ». Qualifiant de « paradoxe » et « d’anachronisme presque » le fait que la France n’ait « pas assoupli d’un iota » sa législation antidrogue contrairement à ce qui se passe dans l’UE, l’éditorialiste affirme que « dans une grande hypocrisie le débat s’est même durci au point de voir des signataires (...) d’il y a trente ans refuser de signer la version 2006 ». D’après le journaliste, « l’échéance présidentielle n’arrange rien » avec une classe politique « embarrassée, quand elle ne promet pas (...) une répression encore accrue », alors que « toutes les études montrent que le cannabis est moins nocif que l’alcool ou le tabac ». A de Gaudemar qui estime que les pouvoirs publics sont passés d’une « relative indulgence (...) à la diabolisation », voit là un « virage », témoin d’un « triomphe des discours hygiénistes » et du « retour, à gauche comme à droite, d’un moralisme bien pensant ». Selon lui « l’heure est aux croisades antialcool et antitabac » et « tout cela cadre mal avec le relâchement d’une prohibition (...) totalement inefficace ».

Une interview de Malek Boutih qui anime la « commission drogue » du projet socialiste et qui revient sur ses « propositions très controversées ». Selon lui « régulation publique » signifie que « l’Etat doit se donner les moyens de contrôler la production et la vente » avec des structures coopératives et associatives qui pourraient respectivement assurer production et distribution. Sur la compatibilité de cette proposition avec les conventions internationale, il affirme que notre pays est signataire d’une convention interdisant importation et exportation des drogues ce qui permet « d’ouvrir un marché du cannabis que s’il est produit en France ». Il estime qu’avec la seule dépénalisation « on resterait dans cette situation hypocrite où l’on tolère la consommation en laissant se développer l’économie informelle ». Quand on lui demande si son projet sera celui de tous les socialistes, il dit « en tout cas il est inscrit au programme adopté il y a quinze jours (...) je veux provoquer un débat où chacun devra assumer ses responsabilités ».

Un encart titré « MILDT ; l’obsession anticannabique » où le journal s’interroge sur la nécessité de dépenser 800 000 euros pour une campagne sur le cannabis au volant sachant que ce produit fait dix fois moins de morts sur la route que l’alcool. Le quotidien qui évoque les critiques des internautes du type « un vieux au volant c’est plus dangereux qu’un « fonsdé (défoncé) », estime que cette campagne illustre « le zèle anticannabique de la MILDT et de son président ». Eric Labbé, d’Act Up, dénonce : « son discours prépare à l’évolution défendue par Sarkozy, des contraventions contre l’usager « visible » c’est-à-dire le jeune à capuche ». Estimant que Didier Jayle tient à assurer le rôle de « procureur zélé » dans le procès que la « droite réactionnaire veut instruire » à « la gauche pétard », Mathieu Ecoiffier l’accuse de ne pas « hésiter à tordre les résultats des études ». Et Claude Got, l’un des « parrains de l’étude » « Stupéfiants et accidents mortels », assure « Didier Jayle voulait que l’on mette en avant les chiffres cannabis qui paraissaient les plus alarmants ».

D’après le journaliste, le communiqué de la MILDT indique ainsi que « 8,8% des conducteur responsables d’accidents mortels ont été retrouvés positifs au cannabis » ce dont, d’après le journal, on pourrait « déduire que le cannabis est responsable de 8,8% d’accidents mortels » alors que c’est « 2,5% ». Didier Jayle affirme « c’est le mythe du cannabis que l’on veut attaquer » et Mathieu Ecoiffier qui s’indigne que dans la brochure « Le cannabis est une réalité » le « Dr Jayle » donne lui même des conseils sur les dangers du cannabis au volant, relève cependant « qu’importe que les spots caricaturaux (...) fassent franchement rigoler les jeunes et alarment surtout leurs parents (...) ces initiatives auront toutefois eu le mérite de faire connaître au grand public un réseau de 240 « consultations cannabis » destinées aux jeunes ayant une consommation problématique ». Et le journaliste de conclure que Didier Jayle qui « répète à l’envi » « qu’il ne faut pas diaboliser ou faire peur » « met systématiquement en avant les informations les plus angoissantes » comme « la corrélation éventuelle entre cannabis et schizophrénie ou le goudron cancérigène du joint ».

Sous le titre « petits arrangements avec l’interdit » un encadré sur « la banalité du cannabis dans les lycées et collèges ». Introduction sur Caroline, cadre parisienne, qui a du aller chercher son fils de 16 ans au poste, après qu’il ait été repéré en train de fumer du cannabis dans son lycée. Affirmant que l’expérience de Caroline « est banale », le journal note que sur 91 700 interpellations, près de 12 000 concernent des mineurs, et que « pas un établissement scolaire n’est épargné » sachant que dans les cours de récré « les élèves ne se gênent pas pour raconter leurs fêtes enfumées du samedi soir » et qu’entre les cours « ils s’agglutinent devant les portes pour fumer, pas toujours du tabac ».

Une prof de math déclare « un élève qui fume un pétard à l’extérieur (...) ça ne nous regarde pas. En revanche quand ça a un retentissement sur ses études (...) nous ne restons pas les bras croisés ». D’après le quotidien, face à un élève qui donne des « signes manifestes de toxicomanie, les procédures sont désormais rodées » ( infirmière, médecin scolaire alertés), mais « les établissements n’étant pas des hôpitaux » ils misent sur la prévention, avec des informations sur les risques des drogues lors de certains cours, et des conférences de policiers, de gendarmes et d’associations dans les établissements. Un professeur des universités affirme « l’école n’est pas impuissante ni démunie face au problème mais encore faut il la maintenir dans sa mission qui est de dire ce qui est légal ou pas afin que l ’élève soit en mesure de faire un choix responsable ».

A la question « ont-ils fumé ? » cinq politiques répondent. François Bayrou qui dit n’avoir jamais consommé de cannabis, estime que « légaliser la consommation serait perçu comme une banalisation ». L’entourage de Nicolas Sarkozy juge la question « saugrenue » car il n’a « évidemment » jamais touché au cannabis. Jack Lang « croit n’avoir jamais fumé (...) peut être consommé (...) dans un gâteau... ». Pour lui « la dépénalisation n’a de sens qu’avec la prévention et des sanctions pour les conduites à risque » (route). Philippe de Villiers n’a « absolument jamais fumé de cannabis » et est « contre la dépénalisation (...) scientifiquement il n’y a pas de drogue douce ». Dominique Strauss-Kahn se souvient avoir « fumé du cannabis il y a longtemps » et se dit « contre la dépénalisation ».

Et aussi les textes de « l’appel du 18 joint » 1976 et de l’appel 2006.

D’après LE FIGARO de lundi « le cannabis envahit la vie des adolescents » car en France, malgré la répression la plus sévère d’Europe, « rien ne semble pouvoir arrêter l’envolée du cannabis » avec 3,3 millions de personnes qui fument au moins un joint chaque année. Notant qu’à 18 ans l’usage cannabis est devenu aussi fréquent que celui de l’alcool, le journal indique que selon les experts, l’immense majorité de ces adolescents arrêtera à l’âge adulte, tout en soulignant que cette expérimentation a tout de même lieu dans une période d’apprentissage.

Relevant que dans le livret de la MILDT, les effets d’une consommation sont « loin d’être anodins », le quotidien observe qu’en trente ans les connaissances sur le produit ont évolué et que des études « parfois controversées » ont pointé symptômes psychiatriques, lien entre consommation et schizophrénie, risques de cancer, avec cet autre sujet de préoccupation aussi, les 230 tués sur la route liés à la consommation de cannabis. Le journal qui note que la France continue à « s’engluer dans le même dilemme », puisque selon les uns à trop dédramatiser « on a banalisé » et que selon les autres à trop exagérer « on tient un discours caricatural », observe toutefois que spécialistes et politiques s’accordent sur le fait que la loi de 1970 est inappliquée. D’après le journal, la réforme de ce texte est « toujours restée dans les tiroirs » et le Circ espère relancer le débat avec sa pétition, médiatisée lors d’une manifestation à la Villette.

Un encadré sur les « effets nocifs » du cannabis qui « varient selon le niveau de consommation ». Le journal qui note que le produit que l’on trouve sur le marché est beaucoup plus élevé en THC que celui d’il y a trente ans, considère que néanmoins il faut bien distinguer les consommateurs occasionnels des consommateurs réguliers car si chez les premiers, le produit peut perturber motivation et résultats scolaires mais aussi être dangereux pour la conduite, chez les seconds il peut entraîner des troubles moteurs et des difficultés d’attention tout en perturbant l’acquisition des connaissances sociales, et en facilitant chez les plus fragiles l’apparition d’une schizophrénie ou de maniaco-dépression. D’après le journal, on admet aussi aujourd’hui que fumer du cannabis peut favoriser l’apparition de cancers du poumon et de la bouche.

Un point sur « La réforme de la loi de 1970 en débat » sachant que droite et gauche « sont d’accord pour dire qu’il faut réformer » avec des modalités de révisions « radicalement différentes », alors que les Verts sont les seuls à vouloir dépénaliser. Le journal qui souligne que Jack Lang s’est lui aussi déclaré favorable à la dépénalisation, assure que Malek Boutih va « encore plus loin » en proposant « la reprise du marché par la puissance publique » dans un rapport « vite mis sous le boisseau par la direction du PS » qui préfère annoncer « un débat pour proposer une régulation publique et une révision de la loi de 1970 ». D’après le quotidien, à droite « les choses sont plus claires » avec le discours « musclé » de Nicolas Sarkozy qui propose de remplacer la prison par des « peines alternatives ».

« L’appel du 18 joint parti en fumée ? » interroge en brève l’HUMANITE qui souligne que les partisans de la légalisation « peinent à trouver des relais dans le monde politique ou intellectuel ».

LE JOURNAL DU DIMANCHE qui se demande pour sa part s’il faut ou non dépénaliser, affirme qu’un rapport des Renseignements généraux qu’il a consulté s’intéresse aux boutiques de chanvre. D’après le journal, l’appel du 18 joint 2006 dresse un « constat d’échec » de la prohibition, qui n’est pas démenti par les chiffres de l’OFDT avec 1,2 million de consommateurs réguliers dont plus de 500 000 quotidiens.

Affirmant que de nombreux fumeurs de « pétards » se transforment en cannabiculteurs, l’hebdo souligne que selon le rapport des RG, les boutiques de chanvre sont passées de 54 à 80 entre 2003 et 2005 et qu’on les trouve aussi bien dans les grandes que dans les petites villes avec une sur représentation à l’Ouest du pays. D’après le journal, il existe deux groupes de clients, des 30 40 ans « bobos » et des 25-30 ans « écolo libertaires » avec une interpénétration entre les gérants des boutiques et le mouvement pro dépénalisation. Le JDD qui constate que le marché s’organise autour de sociétés franchisées, assure que sous couvert de jardinerie, de librairie ou de magasin de santé, ces boutiques fonctionnent « à la limite de la légalité » selon les RG, avec toutefois une étiquette « ne pas faire germer » sur les graines de cannabis. Observant que l’essentiel du business repose sur la vente de matériel de jardinage d’intérieur, l’hebdomadaire précise que selon les RG, la production d’herbe engendrée par ce commerce « ne pèse rien sur le marché du cannabis » mais qu’il s’agit de « vitrines qui participent à la banalisation de la consommation du cannabis ».

En encadré le JDD souligne que « devant l’absence de position claire des pouvoirs publics, les gérants de boutiques (...) rencontrés jouent la prudence : pas de graines à la vente (il suffit de se connecter sur internet ), pas de feuilles de cannabis en vitrine, pas de documentation explicite ».