(Suisse) "Cannabis : l’économie a un rôle important à jouer" par l’Agefi
En quelques sortes, c’est un peu la réponse du berger à la bergère !
Edition du Lundi 22 août 2016
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Cannabis : l’économie a un rôle important à jouer
"En réponse aux propos du Centre Patronal. Il faut cesser d’appliquer des solutions coûteuses et inefficaces". Rolin Wavre*
J’ai pris connaissance avec une certaine stupéfaction de la prise de position du Centre Patronal vaudois sur le cannabis dans L’Agefi du 27 juillet dernier. Son auteur qui affiche surtout des mandats dans le domaine du ramonage, adopte le ton du persiflage pour torpiller la tentative tout à fait sérieuse et réfléchie de trouver une solution à un véritable problème : c’est le marché noir qui alimente les consommateurs en cannabis de mauvaise qualité, trop fort en THC. Il est aussi source d’insécurité et de criminalité. On se demande bien ce qui pousse un acteur économique responsable à s’aventurer dans le domaine de la santé publique pour y aligner les contre-vérités tirées des argumentaires nationaux-conservateurs. Le secteur agricole a réagi de manière bien plus constructive.
A noter que les projets d’expérimentation à l’étude en Suisse sont tous plus modérés que ce qui a été fait en Uruguay et au Colorado (libéralisation), dans d’autres Etats américains (prescription médicale), en Catalogne (Social Clubs très ouverts) ou aux Pays-Bas (Coffee shops), afin justement de tenir compte des expériences faites ailleurs.
L’expérience du Colorado n’a pas causé une explosion de la consommation auprès des mineurs. Selon les résultats publiés par le Département de santé publique en 2016, deux ans après la légalisation, la consommation des mineurs y est plus basse que dans la plupart des autres Etats, et est restée stable, voire en baisse depuis (Healty Kid Survey, plus de 17.000 écoliers suivis). Des données nationales publiées dans Lancet Psychiatry en 2015 confirment : dans les Etats qui ont facilité l’accès au cannabis pour les adultes (médical) il n’y a pas d’augmentation significative de la consommation auprès des mineurs.
La position adoptée par le Centre Patronal fait mine de croire que l’on peut faire disparaitre la consommation et le trafic de cannabis par enchantement. C’est un leurre que des dizaines d’années de vaine répression policière et judiciaire ont confirmé. La répression ne fonctionne pas et elle coûte cher. Soucieux d’une utilisation rationnelle des deniers de l’État, le Centre Patronal n’a pourtant pas l’habitude de réclamer que L’État augmente son action dans domaine où il a montré son inefficacité et gaspille ses ressources humaines.
Il ferait mieux d’étudier comment l’économie et les membres de son association pourraient bénéficier d’un nouveau système de distribution contrôlée, permettant d’offrir au marché des produits de qualité et de suivre les personnes qui en feraient une consommation problématique, car elle existe.
Le Colorado vit un véritable boom économique en raison du dynamisme de l’industrie du cannabis qui a généré un CA de plus d’un 1 milliard de dollars en 2015 et des revenus pour l’Etat de 135 millions. Cette industrie crée aussi de nombreux emplois à haute valeurs ajoutée (laboratoires de certification, innovation technologique, etc.).
A suivre la thèse sur la santé, le Centre Patronal devrait aussi s’engager dans la lutte contre la production et la commercialisation d’alcool et de tabac…
Et pour ce qui est du déni de démocratie, je ne vois pas pourquoi un vote de 2008 devrait graver une position dans le marbre. Dans le monde politique suisse, seul l’UDC à pris une posture figée considérant toute évolution comme anti-démocratique, alors que ce même parti a initié une bonne dizaine sur l’unique thème des étrangers sans trouver cela anti-démocratique.
Le monde bouge et rien ne dit, à part l’article dont je conteste les conclusions, qu’il faille continuer d’appliquer des solutions coûteuses et qui ne fonctionnent pas.
* Groupe interpartis genevois sur le cannabis et membre du Vorstand du PLR suisse