"Tests antidrogue en vente libre : flicage ou moyen de protection ?" par gazetteinfo.fr

Par Roald Billebault, publié le mercredi 29 avr 2015 à 10:04

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Tests antidrogue en vente libre : flicage ou moyen de protection ?

Face à l’augmentation de la consommation de cannabis chez les jeunes, les parents n’hésitent plus à soumettre leurs ados à des tests de dépistage en vente libre. Mais est-ce la bonne solution ?

Selon la dernière étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, publiée mardi dernier, un jeune de 17 ans sur deux a déjà goûté au cannabis, et près d’un sur dix en fume au moins dix fois par mois. Pire, 8 % d’entre eux en ont un usage problématique. Face à ce constat et pour lever le doute, de nombreux parents ont désormais recours à l’utilisation de tests de dépistage vendus en pharmacie ou sur internet, désormais en vente libre depuis 2010. Une tendance qui aurait explosé en cinq ans et se compterait en dizaines de milliers de tests vendus par an. «  Nos ventes auprès des particuliers sont en hausse constante. Nous enregistrons une croissance de 15 et 25 % chaque année  », constate Frédéric Rodzynek, patron de la société NarcoCheck, premier producteur français.

Ces tests urinaires vendus à moins de dix euros, permettent de détecter un fumeur occasionnel (qui a fumé un joint dans les trois jours) ou un fumeur régulier (depuis un mois). «  La plupart des parents ont besoin de démêler le vrai du faux et ces tests peuvent permettre dans un premier temps de lever le voile  », explique Frédéric Rodzynek.

Pour Sandrine, commerçante à Dijon et mère de deux ados, cet outil disponible à la vente libre est une bonne nouvelle. «  Si j’avais un doute sur leur consommation de cannabis, je n’hésiterais pas à l’utiliser. Je ne vois pas cela comme un outil de flicage mais comme une manière de les préserver des dangers », confie-t-elle. D’ailleurs, Agathe, sa fille de 17 ans, ne verrait pas d’inconvénient à ce que sa mère la contrôle. Peut-être plus pour prouver sa bonne foi…

« Nos ventes auprès des particuliers sont en hausse constante »

Un outil dans un parcours de soins

Lors de sa commercialisation en vente libre il y a cinq ans, de nombreux professionnels se sont insurgés, dénonçant un outil «  éthiquement inadmissible  ». Ils craignaient qu’il ne devienne un outil de contrôle social. Aujourd’hui, la plupart des pharmacies interrogées à Dijon refusent la vente de ce produit, jugé inutile voire dangereux s’il ne fait pas partie d’une démarche globale d’accompagnement.

Pour Emmanuel Benoit, directeur général de la Société d’entraide et d’action psychologique (Sedap) de Dijon, spécialisé dans les addictions, « c’est une hérésie complète ». Cette position de flicage condamne d’elle-même le dialogue. La Sedap accueille par le biais des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC), parents et ados, afin de comprendre où se situe le mal-être avec un travail sur la non-stigmatisation et des outils efficaces qui permettent de traiter les jeunes : « Ces méthodes d’accompagnement fonctionnement bien et nous n’avons pas besoin d’un test pour savoir le degré de dépendance du jeune », souligne Emmanuel Benoit.

Dans le cadre de leur mission de prévention, la Sedap a par exemple, engagé un projet au lycée Gustave-Eiffel à Dijon, depuis un an, avec des élèves de Seconde en travaillant sur « les compétences psychosociales des jeunes et en mobilisant leur esprit critique afin qu’ils puissent s’auto-protéger ». Les parents, encore peu nombreux à acheter ces tests en pharmacie à Dijon, sont aussi invités à participer à des « Cafés parents ». Prochain thème : «  Les tests de dépistage

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