"Toxicomanie sur ordonnance" par Luc Perino, relayé par Le Monde-Blog

Je ne vais pas faire le coup de mêler ce médecin-rédacteur à nos embrouilles de cannabis : ici, il s’exprime uniquement au sujet des abus de prescription d’opiacés. Pour autant, si nous suivez nos articles, vous saurez alors que ce Big Pharma que Luc Perino dévoile, finance aussi la prohibition, boycotte le cannabis thérapeutique (et empêche des recherches à son sujet) alors que - c’est très en relation - le cannabis conjointement utilisé avec des opiacés en thérapie antidouleur, fait baisser de beaucoup la prescription de ces derniers. Grrrrrrr !
Néanmoins, l’article qui suit, a peut-être (?) des visées prohibitionnistes que nous n’avons pas. Pour tout le reste, ce qu’il explique est strictement et parfaitement exact. Je me suis permis, comme souvent avec des textes qui n’en contiennent pas, de rajouter une petite illustration de circonstance ... !
Par Luc Perino, médecin, écrivain, essayiste, publié le 14 août 2015
http://lucperino.com/385/toxicomani...
Toxicomanie sur ordonnance

Il faudra changer notre image du toxicomane, venant des quartiers défavorisés, peu diplômé, plutôt jeune, masculin, délinquant, volontiers ‘basané’ à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce profil a évolué depuis que les marchands de santé ont fait une promotion intensive des morphiniques dans toutes les douleurs de l’adulte et de l’enfant. Leur méthode, longuement éprouvée, a consisté à pointer l’incurie des médecins, inaptes à déceler les souffrances de leurs patients, dépourvus d’empathie et incapables d’évaluer les progrès de la pharmacie…
Et comme toujours, les médecins ont courbé l’échine…
Cliniquement, les opiacés n’avaient que deux indications : les douleurs cancéreuses et la gestion de fin de vie. Mais par la grâce des mutuelles et des agences du médicament, la morphine est prescrite pour tous degrés et sortes de douleurs articulaires, viscérales et obstétricales. Ce n’est plus de l’empathie c’est de la communion festive !
Plus leur mère a reçu d’analgésiques et anesthésiques pendant l’accouchement, plus les enfants ont de risque de conduites addictives et autodestructrices à l’âge adulte. Et s’ils ont la malchance d’avoir un pédiatre influençable, ils seront des drogués soumis et définitifs.
Le toxicomane d’aujourd’hui n’est plus le même que celui d’hier, il est plus blanc, plus âgé, moins masculin et moins délinquant. Il est docile et fidèle à son médecin. Il est convaincu que sa morphine, inscrite sur ordonnance, fabriquée par des industriels et approuvée par des ministères ne peut pas être dangereuse, et surtout, qu’une morphine aussi ‘normative’ ne peut pas être comparée à la vulgaire héroïne des trottoirs.
La naïveté des patients et de leurs médecins a toujours été le meilleur carburant du marché sanitaire.
Devant l’ampleur de l’addiction, même les agences américaines (FDA) et européennes (EMA) du médicament, pourtant entièrement inféodés aux industriels du médicament, ont tenté de limiter les prescriptions. C’est évidemment trop tard, puisque, par nature et par définition, le commerce et l’addiction sont irréversibles. Leur syndrome de sevrage est insupportable financièrement et physiologiquement.
Aujourd’hui, cette addiction à col blanc franchit encore un palier, la prise de conscience de ce nouveau désastre conduit quelques médecins à limiter les ordonnances d’opiacés, encourageant certains drogués médicaux à hanter les trottoirs où l’héroïne devient plus accessible que sur les ordonnances.
La médecine et la pharmacie ne sont probablement pas les premières pourvoyeuses d’addictions, mais il est certain qu’elles en ont créé bien plus qu’elles en ont guéri.