Villepin étouffe la marche pour le cannabis

Seul un rassemblement statique a été autorisé.

Par Matthieu ECOIFFIER samedi 07 mai 2005 Liberation

Comme chaque année depuis cinq ans, la Marche mondiale pour le cannabis devait avoir lieu ce samedi, à 14 heures, à la Bastille. Cette année, tour de vis gouvernemental oblige, la préfecture a tout essayé pour rendre moins visible ce rassemblement organisé par les Verts et les collectifs pro-légalisation qui « exigent l’abrogation immédiate de la circulaire Perben » et pour que « cesse la politique actuelle de criminalisation sous toutes ses formes du cannabis ». On a déposé cinq demandes d’autorisation.

En vain. A la préfecture, ils nous ont dit : la Bastille, c’est trop symbolique ! Et nous ont menacés de tout interdire si on n’acceptait pas d’aller place Stalingrad. Une provocation : « c’est le centre du crack et de tous les trafics », expliquait vendredi Farid Ghehioueche du Collectif Agir pour une meilleure réglementation des drogues (CAM-RD). Dans un communiqué, la Ligue des droits de l’homme s’est insurgée contre « une attitude qui relève de la police de la pensée ». Dans la soirée, un compromis a été trouvé : « Au final, ils ont autorisé un rassemblement statique sur le terre-plein du boulevard Richard-Lenoir, derrière les stands d’art contemporain. Ce sera une marche sur place, une première victoire », ont expliqué les organisateurs.

Un rassemblement sous haute surveillance : « Ils nous ont montré les caméras et nous ont demandé d’être modérés. On a seulement le droit de parler de décriminalisation du cannabis, pas de légalisation, sinon on sera poursuivis pour incitation. »

Un mois plus tard, ce grand ami des lettres et de la liberté d’expression vient d’être nommé à Matignon, avec le retour du taxeur de scooters, Speedy Sarkozy, à la tête de la maison poulagas. Tolérance zéro, chasse aux voyous et politique spectacle pour grand-mères angoissées, les consommateurs de cannabis, surtout jeunes, pauvres et bronzés, peuvent se faire du souci.

Dans quelle démocratie la police ose-t-elle dicter les revendications des manifestants ? La Chine, Cuba, la Corée du Nord... Paris utilise des méthodes dignes de l’axe du mal mais dans le cas du canna, Georges Bush est sur la même ligne que Jaques Chirac. J’espère qu’ils ne partagent pas la même paille.

« La Bastille, c’est trop symbolique ! ». Les consommateurs de cannabis sont donc considérés comme des parias indignes d’exprimer leur revendication dans ce haut lieu de la contestation, l’arrivée d’une manif sur deux à Paris. Quand on sait que les Verts et la Ligue des droits de l’homme soutenaient ce rassemblement, on s’étonne d’autant d’entorses à la pratique démocratique.

Face à l’échec flagrant d’une politique raciste et antisociale, les chevaliers de la prohibition tentent la manière forte pour étouffer le désir légitime d’une réforme pragmatique. En parler, c’est déjà illégal. Ce terrorisme intellectuel et financier - JP Galland doit toujours une fortune en amendes pour avoir osé relancer le débat - réussira-t-il à protéger longtemps les intérêts énormes qui se cachent derrière ce fanatisme de pacotille ? Il dissuade déjà le militantisme, il n’y avait pas la foule du grand soir à la Bastille.

Laurent Appel