Ems Chemie, l’entreprise de Christoph Blocher, se lance dans un créneau pour le moins inattendu : le chanvre. Alors que l’UDC vient de contribuer, lors d’un débat houleux au Conseil national, à enterrer (provisoirement) la libéralisation de la consommation de cannabis, le poulain officiel du parti dans la course au Conseil fédéral tend une main secourable aux producteurs de chanvre.
Cet été, un agriculteur de Rhäzüns (GR) a reçu la visite d’une délégation d’Ems Chemie, venue prospecter ses cultures de chanvre : une dizaine d’ares en tout dont la récolte devait initialement être revendue à SanaSativa, la société que le Broyard Jean-Pierre Egger, président de l’Association des amis suisses du chanvre, dirige à Ladir (GR).
Produits biodégradables
Ce qui intéresse l’entreprise de Christoph Blocher, ce ne sont pas les feuilles, mais bien les tiges de la plante, utilisables à des fins industrielles. "Il y en a environ une demi-tonne, provenant de la récolte du mois de septembre", explique l’agriculteur grison, pour qui le chanvre n’est qu’une source de revenus accessoire ("même si ça me prend beaucoup de temps"). Il s’empresse de préciser que son chanvre n’a aucune vertu stupéfiante : il est de la variété Sativa, non psychotrope, par opposition à la variété Indica, destinée à la fumette. "Je n’ai eu aucun problème avec les autorités".
Du côté d’Ems Chemie, la même précaution est de mise. "Nous travaillons depuis plusieurs années à des matériaux synthétiques biodégradables, c’est-à-dire obtenus à partir de produits naturels", explique F.Kupferschmid, directeur de la recherche au sein de l’entreprise. "Des essais sont effectivement menés avec des tiges de chanvre". Ems Chemie tente par ce biais d’augmenter la résistance de certains polyamides. "Mais ces plantes ne se prêtent pas à une utilisation stupéfiante ou médicale. La culture de chanvre se justifie si c’est pour renforcer les matières synthétiques, mais aucunement s’il s’agit d’en faire de la drogue", conclut F.Kupferschmid.
Alors, le chanvre indigène est-il l’avenir de l’agriculture grisonne ? Hansjörg Hassler, président de l’Union des paysans grisons et... conseiller national UDC, était en tout cas présent le jour où la délégation d’Ems Chemie est venue prospecter à Rhäzüns. "En tant qu’observateur", assure-t-il. "C’est la première fois que je voyais un tel champ !" Il affirme ne pas être opposé par principe à la culture du chanvre, "si c’est pour une utilisation industrielle. Mais je suis totalement contre la légalisation du cannabis".
Serait-il prêt à produire lui-même du chanvre ? "Non, c’est un domaine où on arrive vite dans les problèmes. En tant que politicien, je préfère rester à distance". Certes...