LONDRES, 29 jan 2004 (Agence France Press) - Une nouvelle loi controversée déclassant le cannabis au rang d’un simple tranquillisant est entrée en vigueur jeudi en Grande-Bretagne où les autorités, soucieuses de dissiper tout malentendu, ont tenu à rappeler que cette drogue restait illégale et dangereuse.
Ce plus gros bouleversement de la législation anti-drogue depuis 30 ans est passé relativement inaperçu, les conséquences du rapport Hutton sur le suicide de l’expert gouvernemental David Kelly continuant de faire les gros titres des médias jeudi.
Pour autant, plusieurs experts et responsables policiers, relayés par l’opposition conservatrice, ont une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme : cet assouplissement de la loi ne concerne que les sanctions appliquées à la détention de petites quantités de cannabis, ont-ils insisté, rappelant que le cannabis reste une drogue illégale et dangereuse pour la santé.
La loi britannique classe les drogues en trois catégories :

-  A les drogues dures comme la cocaïne ou l’héroïne,
-  B les drogues douces comme les amphétamines,
-  C qui regroupe notamment les stéroïdes, les tranquillisants ou les antibiotiques.

A partir de ce jeudi, le cannabis est rétrogradé de la catégorie B à C.
La plupart des quelque 80.000 adultes arrêtés chaque année en Grande-Bretagne en possession de faibles quantités de cannabis, feront désormais l’objet d’un simple avertissement verbal. Ils ne seront plus systématiquement arrêtés sauf lors de circonstances aggravantes comme à proximité d’une école.
Les mineurs, eux, seront comme avant amenés à un poste de police où ils recevront un blâme formel. Et la drogue sera toujours confisquée.
La peine maximale encourue pour la détention de quantités importantes de cannabis est quant à elle ramenée de cinq à deux ans de prison. En revanche, tout trafic d’une drogue de catégorie C est désormais passible de 14 ans d’emprisonnement contre 5 ans auparavant.

L’objectif du gouvernement est simple : alléger la tâche de la police, et lui permettre de mieux se concentrer sur la lutte contre les drogues dures.
Mais pour de nombreuses associations et représentants de la police, le message est ambigu, notamment auprès des jeunes.
C’est l’avis de la Fédération des polices d’Angleterre et du Pays de Galles.
"Je suis profondément inquiète que de nombreuses personnes assimilent le reclassement du cannabis à une décriminalisation, et je crains de voir une augmentation du nombre de consommateurs précipités dans une vie de drogue et de crime", a estime la présidente de la fédération, Jan Berry.
La police métropolitaine a de son côté prévenu qu’elle continuerait à arrêter les personnes en possession de cannabis dans les "points chauds" où opèrent des revendeurs.
Cette même stratégie avait déjà été adoptée à Brixton (sud de Londres), un quartier "chaud" considéré comme le "supermarché de la drogue" de la capitale britannique, où une opération-pilote de déclassement du cannabis avait été menée, avec des résultats mitigés.
Le gouvernement de Tony Blair a accompagné ce déclassement d’une vaste campagne d’information pour prévenir que le cannabis restait illégal et dangereux. Le jour même de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, le Bureau national des statistiques publiait les derniers chiffres sur le cannabis : un tiers des jeunes hommes de 16 à 24 ans affirment avoir déjà fumé du cannabis, soit une augmentation de 3% depuis 1996.

Commentaires Chanvre-Info : Libéraliser la consommation, mais maintenir le marché noir en pénalisant la production et le commerce - est-ce vraiment la solution de choix pour le "problème du Cannabis" ? Cette solution ne permet aucun contrôle sur la qualité des produits en chanvre. Par contre, elle profitera au marché noir.