Le 2 mars 2004, l’INCB, l’Organe International de contrôle des Stupéfiants , a publié son rapport annuel , qui examine de quelle manière les pays ayant ratifié les Conventions de l’ONU sur les drogues opèrent pour réaliser les dispositions contenues dans les documents internationaux.
Ce qui suit est une lecture du contenu général du document de l’INCB, rédigé par la Ligue Internationale Antiprohibitionniste (LIA) sur la base des anticipations publiées par l’INCB.
Le Rapport se concentre sur la criminalité, la réduction des risques, le cyber-trafic, les pain killers, le contrôle chimique et les situations régionales. L’INCB reconnaît que le rapport entre violence et abus de substances illicites est "très complexe", et qu’il doit être examiné en ayant à l’esprit une vaste palette de facteurs. Le Rapport considère qu’un lien démontrable entre violence et crime existe, en tant que certains toxicomanes ont recours à la violence pour financer leurs assuétudes ou effectivement en tant que conséquence de l’effet psycho-pharmacologique de certaines drogues illicites. Toutefois, en se basant sur des expériences de laboratoire, l’INCB relève qu’il est très difficile et erroné de suggérer un lien causal direct entre violence et usage de substances illicites. Ce lien doit être examiné à la lumière des facteurs culturels et sociaux qui influencent le comportement de l’individu.
Parmi les recommandations de l’INCB, on trouve des politiques socio-éducatives de réduction de la demande de drogue, avec une attention particulière à la prévention de l’abus de drogue conjointe à une gamme de mesures sociales, économiques et législatives qui incluent : la création d’un environnement local non favorable à la vente et au trafic de drogue, le soutien aux efforts locaux pour la création d’emplois et la production de revenu licite, les programmes éducatifs visant les groupes socielement marginalisés, et les interventions intégrées à l’attention des groupes à risque.
L’INCB réserve une attention particulière aux politiques de réduction des risques en invitant les gouvernements qui souhaitent inclure des mesures de "reduction des risques" dans leur stratégie de réduction de la demande à "analyser avec attention l’effet général de ces mesures. Celles-ci peuvent parfois être positives pour un individu ou pour une communauté locale, mais en même temps avoir d’amples conséquences négatives au niveau national et international." En réaction aux mesures spécifiques de réduction des risques, telles que la création et/ou la gestion de "shooting rooms", l’INCB précise que "ces structures restent une source de grave préoccupation" et "rappelle qu’elles violent les dispositions des conventions internationales sur le contrôle des drogues."

Durant les années ’90, de nombreux pays ont mis en oeuvre différentes politiques pour réduire les risques provoqués par les drogues, qui, au fond, sont le produit final de la prohibition. Nonobstant les succès obtenus par les projets et par les programmes effectués avec des fonds publics dans des pays comme le Canada, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suisse et le Royaume Uni, l’ONU n’a jamais reconnu le progrès et les succès de ces mesures alternatives, qui ont tenté de soigner les usagers de drogues comme des patients et non comme des criminels, en créant un environnement qui, loin de promouvoir l’usage des stupéfiants, leur fournit des lieux sûrs où traiter leurs accoutumances.
Depuis plus de 15 ans, l’INCB s’acharne à désavouer des programmes qui ont démontré leur efficacité en sauvant des vies humaines et en présentant la consommation des drogues non comme une activité humaine qu’il faut criminaliser mais plutôt comme un problème de santé qui doit être traité par des médecins et des agents du social et non par les forces de l’ordre. Bien que le rôle de l’ICNB est de contrôler l’application des conventions, il est plutôt surprenant qu’un tel groupe d’experts et de chercheurs aussi éminents ne se soit jamais considéré à même de suggérer une révision des Conventions, une fois confrontées avec celles-ci avec les programmes qui, bien qu’en contradiction avec l’esprit et la lettre des Conventions, sauvent des vies humaines et aident des individus à problèmes ainsi que leurs familles et leurs communautés à vivre une existence moins dégradée.
En pratique, aucune attention n’est prêtée au lien entre usagers de drogues endoveineuses et le SIDA. L’épidémie du SIDA, qui se présente sur le fond d’une gamme d’autres crises et transformations, dont nombre d’entre elles trouvent leur source dans des inégalités sociales et structurelles qui compliquent l’épidémie, devrait mériter plus d’attention de la part de l’organe chargé de contrôler l’exécution des Conventions.
Le rapport attire aussi l’attention sur la croissance continuelle du cyber-trafic de produits pharmaceutiques contenant des substances soumises au contrôle international. Les pharmacies sur le réseau internet, qui peuvent opérer à partir de n’importe quel endroit dans le monde, sont un facteur déterminant dans la croissance de la diffusion de produits pharmaceutiques contenant des stupéfiants et des substances psychotropes. Les pharmacies qui opèrent illégalement via internet n’exigent pas de prescriptions médicales ou se limitent à offrir des consultations on-line ou téléphoniques. En qualifiant d’"irrégulière" ou de "laxiste" l’application des lois qui gouvernent internet, l’INCB demande aux gouvernements d’adopter des positions plus appropriées. En soutien aux actions légales, les gouvernements devraient établir que la fourniture de substances pour le trafic illégal et le détournement de produits pharmaceutiques, qui contiennent des substances narcotiques et psychotropes, via internet représentent un crime. L’INCB en arrive même à stigmatiser la "perception dangereusement diffuse" selon laquelle "l’usage impropre et l’abus de produits pharmaceutiques ne sont pas aussi dangereux que l’abus de drogues produites illégalement".
En outre, l’INCB exprime ses préoccupations par rapport à un système judiciaire qui, dans de nombreux pays, ne traite pas avec une sévérité suffisante la distribution et le trafic de substances contrôlées. Loin d’étudier l’impact réel du régime de prohibitionnisme actuel, l’INCB exhorte à un durcissement de l’application de la loi, en demandant aux procureurs, aux juges et à la police qu’ils redoublent leurs efforts dans la lutte contre les médicaments illicites et licites. Une attention particulière est donnée aux drogues de synthèse et à l’appel à une nouvelle guerre contre celles-ci. De fait, l’INCB demande à tous les gouvernements concernés d’unir leurs forces dans la lutte contre l’abus de stimulants amphétaminiques (ATS) à travers le Projet Prisme, une opération à échelle mondiale pour prévenir le détournement des précurseurs chimiques, que les trafiquants utilisent pour la production clandestine d’ATS. Des opérations régionales ont été lancées sous l’égide du Projet Prisme en janvier 2003. Ces activités ont renforcé les programmes de dépistage existants, lancés par l’INCB il y a environ 10 ans pour prévenir le détournement de "précurseurs" méthamphétaminiques du commerce légal international. Le Projet Prisme suit aussi le lancement de l’Opération Violet en 2001 et l’Opération Topaze en 2002, qui se concentraient sur le contrôle des précurseurs chimiques pour la cocaïne et l’héroïne. Telle une baguette magique, le Projet Prisme est conçu pour donner aux gouvernements la capacité d’affronter le problème de l’ATS à travers une double approche : prévenir la production illicite de substances en empêchant les trafiquants d’obtenir les produits chimiques qui leur sont nécessaires et, à travers l’identification et le démantèlement des laboratoires où cette production a déjà cours, en utilisant une série de techniques d’investigation comme les livraisons contrôlées. Cela sonne bien mais la recette est toujours la même. Et il est facile de parier sur le résultat produit... Parmi les tâches de l’INCB, on compte aussi celui de contrôler et de garantir l’existence d’un approvisionnement adéquat de substances narcotiques pour un usage médical licite. Sans reconnaître la contradiction avec ce qu’implique sa tâche précédente, l’INCB nous avertit que la disponibilité et la consommation de certaines substances narcotiques essentielles, en particulier les opiacés, utilisées pour le traitement de la douleur, y compris les soins palliatifs, reste extrêmement basse dans la plupart des pays du monde. L’INCB a déterminé que la faible disponibilité de certains types de médicaments peut être liée à au moins trois facteurs différents :

1) des réglementations inutilement rigides qui entravent un accès adéquat de la population à certaines drogues contrôlées dans certains pays ;

2) la perception négative des drogues contrôlées parmi les medici et les patients dans de nombreux pays en a limité l’usage rationnel ;

3) le manque de moyens économiques et des resources insuffisantes en matière de santé ont conduit à des traitements médicaux inadéquats, y compris l’usage de substances narcotiques.

L’INCB note que la production globale actuelle est assez forte pour faire face à une agmentation significative de la demande de substances narcotiques de la part de la population mondiale. L’INCB conseille aux pays producteurs, en collaboration avec l’industrie pharmaceutique, d’examiner les modalités pour rendre les substances narcotiques, en particulier les opiacés, utilisés pour le traitement de la douleur, plus abordables pour les pays dont les moyens fnanciers sont limités et les niveaux de consommation faibles. En conclusion, l’INCB présente une analyse de la situation mondiale. Le rapport prête une attention particulière à l’Afghanistan, en notant comment, malgré l’intervention armée et le changement politique dans le pays, ainsi que la lutte contre le terrorisme, la culture illicite et le trafic des opiacés se sont accrus. Ceci pourrait provoquer une instabilité politique accrue. La culture de l’opium en Afganistan a continué sur une plus grande échelle encore en 2003. En conséquence de deux années d’excellentes récoltes de pavot en Afghanistan, on prévoit que le trafic d’héroïne le long de la route des Balkans et à travers l’Europe Orientale continuera d’augmenter - ce qui, selon l’INCB, pourrait conduire à l’inversion des tendances décroissantes de l’usage d’héroïne en Europe occidentale.
L’INCB reconnaît, par ailleurs, le lien entre drogues et insurrections armées, phénomène qui a caractérisé le monde pendant deux décennies. En effet, le Rapport dit que les informations obtenues des pays touchés par des conflits, en particulier la République centre-africaine, la Côte d’Ivoire et le Liberia, indiquent que les armes et les munitions utilisées par les groupes rebelles et par les organisations criminelles peuvent partiellement avoir été obtenus grâce aux gains du trafic illicite de drogues.
La situation est particulièrement sinistre en Amérique Méridionale, où l’attention accrue sur la menace politique du problème de la drogue a conduit de nombreux gouvernements à consacrer une proportion toujours plus grande de ses ressources limitées à la réduction de l’offre illicite de drogues, incluant l’éradication des cultures illicites, la prohibition du trafic de drogue et l’introduction de mesures contre le recyclage d’argent sale. Aucune évaluation des coûts et de l’efficacité de ces méthodes n’a été fournie.

Bulletin de la Ligue Internationale Antiprohibitionniste sur la campagne mondiale pour la réforme des conventions de l’ONU sur les drogues (Numero spécial - 06 Mars 2004)