2003/06/12 - L’Express

Toxicomanie - Les trois centres de prévention et de traitement anticipent la dépénalisation de la consommation du cannabis. Ils préconisent de remplacer un "interdit pénal" par un "interdit social"

"Nous ne sommes pas favorables à une banalisation du cannabis, qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Nous sommes favorables à ne pas maintenir dans l’illégalité des jeunes que nous pourrions ramener vers un réseau de soins".
La Fondation neuchâteloise pour la prévention et le traitement de la toxicomanie, qui gère le Drop-In à Neuchâtel, le CPTT à La Chaux-de-Fonds et le CAPTT à Fleurier, n’attendra pas que la consommation du cannabis soit officiellement dépénalisée. Désireuse d’anticiper une décision qui de toute façon adviendra - initié en hiver 2001 au Conseil des Etats, le débat se poursuivra la semaine prochaine au National -, elle a pris les devants. Hier, via notamment son président, Antoine Wildhaber, elle a présenté un extrait du rapport d’activité 2002 du Drop-In, intitulé... "Le cas cannabis".
"Notre fondation vise à clarifier le sujet en faisant le point sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Mais elle propose aussi des pistes d’action et de réflexion".

En forte hausse
Les pistes explorées reposent sur un constat : l’interdit pénal "a largement fait la preuve ces dernières années de son inefficacité et, surtout, de son inadéquation", estime Pierre-Alain Porchet, le médecin directeur du Drop-In. A seule preuve de l’échec de l’interdit pénal : la consommation de cannabis a connu une forte hausse ces dix dernières années, en particulier chez les jeunes.
"Notre message est de remplacer l’interdit pénal par un interdit social, potentiellement beaucoup plus puissant pour promouvoir la prudence et l’interdiction pour les plus jeunes". Cet interdit social, "qui dicte ce qui se fait et ce qui ne se fait pas" exige de tous les acteurs concernés - parents, enseignants, éducateurs, politiques, etc. - qu’ils se réapproprient cette compétence et cette responsabilité qui est la leur face aux jeunes.

Questions à se poser
Comment ? Les auteurs du rapport préconisent par exemple aux adultes d’être attentifs, à l’écoute et présents. Ils les invitent à être renseignés et au clair sur leurs propres habitudes de consommation "pour être crédibles". Mais aussi à provoquer le dialogue en n’évitant pas la confrontation si nécessaire. Et, surtout, à ne pas renoncer et abandonner devant un dialogue difficile dû aux pseudo-certitudes de l’adolescent : "Tout va bien et de toute façon, vous n’y comprenez rien du tout". Ils rappellent, au passage, que les parents peuvent être aidés, c’est le rôle des trois centres neuchâtelois ! Enfin, ils font valoir que "le problème, ce n’est pas le produit, c’est de savoir comment se porte le jeune qui consomme du cannabis et quel est son état de santé, surtout psychique : c’est cet état de santé qui peut avoir besoin de soins, pas le fait de consommer du cannabis".
Ce rapport sera largement diffusé. Il sera envoyé aux membres des commissions de santé des Chambres fédérales, à tous les candidats neuchâtelois aux prochaines élections fédérales, ainsi qu’aux différents acteurs de la vie politique et sociale du canton et de Suisse romande.