Patric Mayers, grâce à son témoignage et aux pressions qu’il exerça, a contribué à faire adopter par le pouvoir législatif californien une loi autorisant l’utilisation médicale du cannabis. La vie de Mayers fut sauvée, en 1976, lorsque ses médecins lui conseillèrent d’employer illégalement la marijuana contre les nausées causées par la chimiothérapie. A ce moment-là, Patric pesait seulement 46kg.
Le cannabis, facile à fumer, atténua ses nausées et lui rendit l’appétit. Cette faculté du cannabis à sauver des vies, sil elle était développée dans un laboratoire, serait acclamée dans le monde entier et dans toutes les publications médicales. Ce serait matière à prix Nobel. Au lieu de cela, c’est le silence imposé, parce qu’il n’y a aucun argent à gagner là.
Lorsqu’il fut frappé par le cancer en 1975, Mayers reçut les "meilleures fleurs de Thaï et de Sinsemilla", gratuitement offertes par les dealers et les étudiants de l’école de droit de San Francisco dans laquelle il était chef de classe.
Guéri, vigoureux et installé à Los Angeles, Mayers fut indigné d’apprendre, en 1981, que le procureur général, chargé du programme de cannabis médical de l’Etat, refusait de fournir de la marijuana cultivée fédéralement, ou même celle qui était saisie par la police, alors qu’il pouvait y accéder légalement afin de permettre aux médecins d’en prescrire ou d’en procurer facilement à leurs malades en phase terminale.
En 1982, Mayers se mit carrément en colère et poussa le "Los Angeles Times", ainsi que Willy Brown, président de l’Assemblée californienne, à exiger l’application de la loi d’état sur la marijuana datant de 1979. Au bout de quelques mois d’application ostensible, la politique consistant à bloquer l’accès médical reprit de plus belle.
Au bout de dix années d’esquive, de refus et de harcèlement, le programme bien intentionné de "cannabis compassionnel" est devenu automatiquement caduc.
La morale de cette histoire ? C’est qu’il n’y a justement pas de morale. Les laboratoires ont triomphé. C’est dire qu’en Suisse, les enjeux sont tels que l’entreprise, la votation populaire a bien peu de chances de triompher. La campagne précédant la votation est-elle à la mesure de la Coordination du chanvre, les auteurs de l’initiative fédérale ?
Les plus grands moyens financiers entièrement disponibles pour les opposants à une libéralisation contrôlée du chanvre, à sa dépénalisation dans notre pays sont largement disponibles. Les pressions qui ont triomphé dans le rejet par le législatif fédéral, multipliées, pourront l’emporter.
Et verriez-vous, vous, citoyenne ou citoyen helvétique, un maire d’une de nos villes transgresser la loi pour fournir du cannabis à un grand malade pour le sauver ? Faut pas rêver. Pourtant ça existe aux Etats-Unis, malgré tout. Si les médecins sont soumis au droit fédéral américain, les Etats, eux, ne le sont pas si leur législation le permet.
Mettez encore en parallèle l’importance du chanvre médical pour le bien de la société et le risque ou la réalité temporaire de voir des jeunes en fumer, ce qui est même gérable. La cause est entendue. Surtout qu’aucun de ces jeunes n’en est mort, ni un seul adulte dans notre pays.