Depuis sa création en 2002, le Conseil de Senlis profite de chaque réunion internationale pour dénoncer la politique contreproductive menée par l’ONU et les organes internationaux en charge de la question des drogues. Pour ces sages, la répression sur les consommateurs ainsi que la lutte contre l’offre de substances et ses conséquences comme la corruption et le blanchiment d’argent ont accaparé des milliards de $, en vain. Cette guerre a saturé le système policier et judiciaire, affaibli les libertés individuelles et marginalisé les usagers de drogues, sans parvenir à stopper l’augmentation de la production et de la consommation, avec la propagation du sida et de l’hépatite en prime.

Cette nouvelle organisation fondé par le Network of European Foundations (NEF) Drug Policy Fund regroupe des politiciens, des universitaires, des experts et des ONG en vue d’une collaboration internationale qui compile l’expertise et facilite de nouvelles initiatives sur la politique des drogues. C’est une plateforme de dialogue avec les décideurs politiques aux niveaux nationaux et intergouvernementaux. Le Conseil de Senlis veut stimuler des échanges à niveau élevé et de nouvelles idées sur des politiques intégrées pour les drogues, tout en évitant les arguments manichéens.

Son comité des sages comprend des personnalités éminentes comme Juan Luis Cebrian, Fondateur du quotidien El Pais à Madrid, Raymond Kendall, Secrétaire général honoraire d’INTERPOL, Sir Keith Morris, Ambassadeur britannique en Colombie (1990-1994), Brice De Ruyver, Directeur de l’Institut pour la recherche internationale sur le politiques criminelles de l’université de Gent, Mario Soares, Président du Portugal (1986-1996) ; Rita Suessmuth, Présidente du Bundestag (1988-1998). De quoi se faire entendre et respecter par les médias et les gouvernants mais aussi de quoi susciter la crainte d’un débat feutré et consensuel.

Au contraire, le Conseil de Senlis proclame que les américains ont perdu la guerre à la drogue. Ces membres tirent à boulet rouge sur les directives politiques de l’ONU et de ses officines. Ils dénoncent le diktat financier qu’exercent quelques pays fortement prohibitionnistes sur les orientations politiques et sanitaires des programmes internationaux. Ces experts indiscutables font la promotion des initiatives locales et des pays qui se sont engagé dans les approches novatrices comme la réduction des risques et le traitement social et sanitaires de usagers. Le Conseil a même créé un oscar des politiques innovantes en matière de drogues. Le jury devrait s’intéresser à l’initiative populaire "Pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse".

Dans sa récente tribune dans Le Monde, Raymond Kendall se donne jusqu’à 2008, date la réunion décennale de L’ONU sur les questions de drogues, pour faire évoluer la politique internationale de la "war on drugs" vers une approche pragmatique du phénomène. Il propose que l’ Union Européenne soit à l’initiative d’une modification substantielle des conventions internationales. Il lui reste 1145 jours 5 heures 35 minutes et 12 secondes pour convaincre nos gouvernants. Nous le sommes déjà et nous suivrons attentivement les travaux du Conseil de Senlis.

Laurent Appel