Communiqué 24 12 2004

Face à l’échec flagrant des précédents plans d’actions, l’Europe abandonne la doctrine américaine de la guerre à la drogue et ouvre une grande concertation sur les politiques alternatives. Le Conseil Européen met fin à une stratégie de répression « à la limite de la violation des droits humains fondamentaux » et s’engage dans une approche socio-économique du phénomène. La Suisse partageait une analyse et une stratégie très proche avant le revirement du Conseil National. Il faut profiter de cette nouvelle approche chez nos voisins pour relancer le débat et enfin engager une politique raisonnable en matière de chanvre. La Confédération doit retrouver son rôle de leader du camp de la réforme et non s’aplatir devant les rodomontades des derniers chiens de garde d’une guerre perdue.

Le Parlement Européen redonne une citoyenneté aux consommateurs et souhaite les associer à l’élaboration de la politique des drogues. Il propose de « définir et renforcer de façon exponentielle la participation et l’engagement des toxicomanes et des consommateurs de substances illicites, de la société civile, des ONG et du secteur bénévole ainsi que de l’opinion publique dans la recherche de solutions aux problèmes rencontrés ». A l’échelle suisse et européenne, Chanvre-Info représente déjà activement les intérêts des consommateurs et des producteurs de chanvre. Nous espérons que nos propositions seront davantage prises en compte.

Les Européens veulent « mener une étude scientifique sur les coûts et les avantages des politiques actuelles de contrôle des stupéfiants qui comporte en particulier une analyse du cannabis et de ses différents dérivés licites et illicites, afin d’en évaluer les effets, le potentiel thérapeutique de même que les résultats de politiques de criminalisation et les alternatives possibles ». Le rapport sur le cannabis de l’Office de la santé publique répond déjà à ces questions en recommandant une réglementation de la production, de la distribution et de la consommation de chanvre. Il faut à nouveau convaincre nos élus et l’opinion publique de tester cette alternative. Le Parlement de la ville de Berne veut relancer l’expérience, d’autres villes bien réparties sur le territoire doivent aussi mener des projets pilotes afin d’éviter trop de pendulaires du chanvre. Placé dans le cadre d’une évaluation sociale, économique et sanitaire, ce dispositif ne devrait pas entraîner de sanctions onusiennes.

La stratégie européenne recommande de « prendre en considération la possibilité de lancer des projets pilote pour la production industrielle de produits licites dérivés des plantes <..> comme le chanvre indien » et « intensifier la recherche scientifique et sociale sur les substances illégales à des fins médicales et sociales pertinentes ». Ces termes définissent parfaitement le travail de Chanvre-Info, il ne nous manque qu’un cadre juridique clair pour intensifier la recherche et la distribution de chanvre industriel, thérapeutique et récréatif. L’Union Européenne reconnaît la valeur du chanvre global quand la Suisse, qui l’a vu naître, le réprime chaque jour davantage. Comme le suggère ce texte fondateur : « la politique nationale en matière de drogue doit être fondée sur la connaissance scientifique quant à chaque type de drogue et non sur une réaction émotionnelle ».

Chanvre-Info