Voici une série d’études de Matière Médicale Homéopathique réalisées avant la seconde guerre mondiale, par un médecin homéopathe Parisien, qui professa jusqu’à un âge fort avancé. Il s’agit du Docteur Léon Renard.
15 Cannabis Indica
Urticacées : Chanvre indien, Hachisch.
Habitat : Perse et Nord de l’Inde, est cultivé dans de nombreuses contrées.
Préparation : La teinture-mère est préparée avec les sommités de la plante sèche.
Dose : T. M. et dilutions.
Action physiologique
Remède à action vaso-motrice ; augmente la tension artérielle ; stimulant du cerveau et de la moelle épinière.
Des doses physiologiques sont toxiques ; pendant l’intoxication il y a un tel afflux d’idées survenant avec une telle rapidité que le malade pense que le temps passe tris lentement, les minutes lui paraissent des heures ou des jours, une courte distance lui paraît des kilomètres.
Pupilles dilatées. La vue et l’audition sont perçantes. Plus tard survient de l’anesthésie, les réflexes sont diminués, ensuite sommeil ou coma, suivant la dose.
Après l’intoxication par le chanvre indien on observe des maux de tête, du vertige, de l’obnubilation, perte de mémoire et confusion mentale.
Relations : Cf. Belladonna, Hyosciamus, Stramonium.
Aggravation : Le matin, par le café, liqueurs, tabac, en étant couché sur le côté droit.
Amélioration : par le repos, à l’air frais, par l’eau froide.
Perte de mémoire très marquée, il oublie ses mots, il commence une phrase et oublie ce qu’il allait dire, il est incapable de se souvenir de quoi que ce soit tant les idées affluent dans son cerveau (Anacardium, Lac caninum).
Nash dans ses "Leaders" rapporte l’histoire d’une malade cardiaque, qui après avoir été délivrée d’une ascite, fut soudain incapable de parler. Si on lui posait une question, elle commençait une phrase mais elle était incapable de la finir, elle était incapable de se souvenir de ce qu’elle voulait dire.
Si on finissait sa phrase pour elle, elle était capable de montrer que l’on avait bien compris sa pensée. Cannabis indica la guérit de cette singulière affection.
Cannabis indica est indiqué dans les hallucinations, dans les illusions, comme : le temps paraît exagérément long, les distances paraissent effroyablement longues, le malade croit flotter dans l’espace, le malade entend. des voix, des cloches, de la musique, etc.
Au point de vue mental il a l’appréhension de la mort, il a peur de devenir fou (Mancinella), il a des idées fixes, il croit avoir deux existences, il croit être deux êtres, il croit exister dans deux mondes différents. Tous les symptômes mentaux sont améliorés en se promenant à l’air du dehors.
Le malade rit d’une façon immodérée pour des riens.
Delirium tremens et loquacité extrême
Le malade a l’impression que son crâne s’ouvre et se ferme alternativement. Cannabis indica sera utile dans les maux de tête chez les urémiques et dans la migraine ; les douleurs sont tellement fortes que le malade délire ou est complètement inconscient.
Il faudra penser à Cannabis indiqua dans l’insomnie des vieillards quand elle est accompagnée d’agitation, de mélancolie, de névralgie, de migraines.
Rêves de cadavres, rêves prophétiques, cauchemars. Il pourra être employé dans les douleurs fulgurantes du tabès, dans le tremblement de la paralysie agitante.
Ce remède a des symptômes importants au point de vue de l’appareil urinaire et de l’appareil génital.
Appareil Urinaire
Inflammation des reins avec douleurs brûlantes, sensation de brisure, douleurs piquantes.
Envie fréquente d’uriner - l’urine est brûlante pendant l’émission, il y a aussi une sensation de brûlure avant, pendant et après la miction.
Appareil Génital
Homme
Ce remède a guéri de nombreux cas de blennorragie : Utile au début de cette affection. Difficulté pour uriner, doit attendre un moment avant de pouvoir uriner ; quand il a fini d’uriner, l’urine coule goutte à goutte ; mucosités dans les urines, érections douloureuses presque permanentes, écoulement jaune.
Désir sexuel augmenté : priapisme.
Troubles prostatiques : sensation d’être assis sur une balle.
Sensation d’écoulement au niveau de l’urètre (subjectif).
Femme
Désir sexuel augmenté, surtout au moment des règles (avant, pendant, après). Règles abondantes, sang fluide, douloureuses, paroxystiques comme des douleurs d’accouchement.
Spasme de l’utérus.
Menace d’avortement avec blennorragie.
Règles pouvant revenir tous les quinze jours.
Douleurs au niveau du dos, au moment de la menstruation.
Enfin, sensibilité extrême au bruit ; ne peut supporter le moindre chuchotement dans une chambre voisine, acuité de l’audition très augmentée.
16 Cannabis Sativa
Urticacées : Chanvre européen, chanvre américain, pousse aussi en Asie.
Préparation : La T. M. est préparée avec les sommités fleuries de la plante fraîche.
Dose : Teinture et dilutions.
Action physiologique : Ressemble beaucoup à Cannabis indica.
Il contient davantage de nitrate de potasse d’où son action plus effective sur l’appareil urinaire.
Cannabis indica contient davantage de produits narcotiques et produit plus d’effets mentaux ou cérébraux.
Il produit peut-être plus de douleurs vives ou brûlantes au niveau de l’urètre que Cantharis, mais il a moins de ténesme.
Il agit sur les muqueuses de l’appareil urinaire en produisant de l’inflammation, de l’irritation comme dans l’urètre gonococcique.
Clinique : Urétrite aiguë, blennorragie chronique, priapisme, spermatorrhée, cystite, opacité de la cornée, etc...
Key-notes :
Sensation comme si on lui versait une douche d’eau chaude sur tout le corps.
Sensation comme si des gouttes d’eau froide lui tombaient sur la tête, comme si des gouttes d’eau froide s’écoulaient de l’anus, de l’urètre, du coeur, etc.
Sensation comme si le dos était pincé par une paire de tenailles (se rappeler la fameuse annonce de la 4 ème page des journaux à propos de je ne sais plus quelle spécialité tapageuse).
Le malade atteint de blennorragie marche les jambes écartées, l’urètre étant hypersensible au toucher et à la pression.
Kent dans sa Matière médicale fait remarquer que Cannabis indica et Cannabis sativa sont deux remèdes qui se ressemblent, on les emploie souvent indifféremment.
Les symptômes mentaux et génito-urinaires sont à peu près identiques ; le symptôme : sensation que le sommet de la tête s’ouvre et se ferme alternativement a pu être guéri par les deux remèdes.
Cependant il vaut mieux employer Cannabis indica pour les symptômes mentaux et Cannabis sativa pour les symptômes de l’appareil génito-urinaire.
D’après Nash, c’est le remède par excellence pour commencer le traitement d’une urétrite blennorragique, sauf indication précise d’un autre remède ce qui n’est pas très fréquent.
Un symptôme caractéristique : L’urètre est extrêmement sensible au toucher et à la pression, ce qui oblige le malade à marcher les jambes écartées.
Cannabis sativa sera encore indiqué lorsque l’infection gonococcique aura envahi l’urètre postérieur ou la vessie, le malade se plaindra de douleurs dans le dos, comme si on le pinçait avec des tenailles, l’urine peut être sanglante.
Érections douloureuses avec excitation sexuelle.
Démangeaisons, gonflement inflammatoire du prépuce, du gland, avec rougeur.
Balanite.
Balano-posthite.
En résumé, pour l’appareil génito-urinaire (homme et femme), mêmes indications que pour Cannabis indica, mais donner la préférence à Cannabis sativa.
Nash dans ses Leaders in Homoeopathic Therapeutics donne un plan de traitement de la blennorragie, dont j’ai pu apprécier en clientèle, toute la valeur. Il sera nécessaire, pour être complet, de relire l’étude magistrale du Dr Kollitsch, dans le n° 1 des Annales Homoeopathiques de l’ Hôpital Saint-Jacques (janvier 1933).
Nash donnait cinq gouttes de T. M. de Cannabis sativa dans environ 120 cm. d’eau distillée, une cuillerée à café trois fois par jour.
Au bout de quatre jours en général les symptômes inflammatoires diminuent, l’écoulement devient plus épais, d’apparence verdâtre. Alors il donnait Mercurius solubilis 3 X, une dose trois fois par jour qui souvent suffisait à liquider la situation.
Si, continue Nash, il persiste un petit écoulement clair, la guérison peut s’obtenir avec Sulfur, Capsicum ou Kali iodatum.
Comme autres remèdes qui lui ont donné de bons résultats, il indique Mercurius corrosivus.
Quelquefois Pulsatilla, Sulfur ou Sepia sont nécessaires pour obtenir la guérison. Ce sont ces différents remèdes qu’il trouvait le plus souvent indiqués.
Après Cannabis sativa, donner Mercurius corrosivus si l’écoulement est épais et vert, et si les brûlures continuent. Donner Pulsatilla ou Sepia si l’écoulement est épais et blanc.
Nash ne parle pas de Medorrhinum : ce nosode donne des résultats merveilleux, à condition de suivre les indications données par le Dr Kollitsch dans l’étude dont j’ai parlé plus haut.
Pour terminer, je rapporterai le cas d’une jeune fille de vingt ans qui souffrait de la région cardiaque, elle se plaignait de sentir des gouttes d’eau qui tombaient goutte à goutte de la pointe du coeur, je lui donnai Cannabis sativa 30 pendant quelques jours, ce symptôme bizarre disparut au bout d’une semaine, un mois après, réapparition de ce symptôme qui disparut définitivement avec la même médication. A l’auscultation le coeur était normal, la malade présentait un syndrome d’aérophagie.