Bienne ne serait-elle plus une petite Amsterdam ? Ces derniers mois, la police a perquisitionné dans 18 magasins de chanvre. Tous ont reçu un avertissement. Trois d’entre eux ont été définitivement fermés.
Haro sur le cannabis ! Depuis que la justice a clarifié les compétences du préfet en matière de magasins de chanvre, les fermetures se succèdent. Dix-huit établissements ont été contrôlés depuis novembre dernier. Tous vendaient des produits illégaux et ont reçu un avertissement. "La police est entrée un jour dans mon magasin", explique Pierre*, sous couvert de l’anonymat. "J’ai demandé si j’allais devoir fermer. Ils m’ont répondu que je pouvais rester ouvert, mais seulement en vendant des produits légaux".
La police procède en remontant la filière : elle contrôle des consommateurs à la sortie d’un magasin, puis dénonce le consommateur et le vendeur, si elle trouve un produit illégal. Les agents reviennent un peu plus tard, avec un mandat de perquisition. Elle saisit des documents comptables et des produits suspects, pour analyse. Trois établissements ayant déjà fait l’objet d’un avertissement ont été contrôlés une seconde fois, après avoir continué à vendre du cannabis destiné à être fumé. "Dans ce cas, le magasin est fermé définitivement, sur ordre du préfet", précise Olivier Cochet, porte-parole de la police cantonale bernoise.
L’ensemble des opérations a permis de mettre la main sur plusieurs dizaines de milliers de francs en argent liquide, des dizaines de kilos de produits de chanvre et des documents comptables. Le chiffre d’affaires de certains magasins est souvent très confortable, comme le confirme le préfet Philippe Garbani : "Cela varie d’un magasin à l’autre. Parfois il s’agit de petites transactions, mais d’autres fois, le chiffre d’affaires dépasse les 100 000 fr. par mois".
Contrairement à un restaurant, un magasin peut être ouvert sans aucune autorisation préalable. Dans un premier temps, la police doit dénoncer l’établissement. Sur la base de l’enquête, le juge d’instruction transmet le dossier au préfet, qui peut donner l’ordre de fermer. "Depuis quatre mois, ça bouge, et nous allons continuer", annonce Olivier Cochet. "Nous voulons montrer qu’il ne s’agissait pas juste d’une opération unique, renchérit le préfet Garbani. C’est un bilan intermédiaire, et ça continue. Cela va même plus vite que prévu. Les autres magasins devraient se poser la question de la légalité de leurs activités".
Reste à savoir si cette vague de fermetures aura raison d’un commerce visiblement florissant. "Il y avait une quarantaine de magasins de chanvre répertoriés à Bienne, rappelle Olivier Cochet. Cela change sans arrêt, mais il y en a moins maintenant". Pourtant, le manège suivant a pu être observé devant un magasin dénoncé : une personne attendait les clients devant la vitrine et les dirigeait vers une autre boutique. "Lui, il vend plein de choses, mais pas nous", s’excuse l’intermédiaire.