L’ordonnance passée et future ?
Une revue historique et scientifique

Abrégé
Le cannabis ou la marijuana a été utilisé en temps que remède contre la migraine depuis des siècles, aussi bien pour les traitements symptomatiques que prophylactiques. De 1874 à 1942 la marijuana était hautement estimée par de nombreux médecins et a demeuré dans la pharmacopée Occidentale jusqu’au milieu du siècle. Les références ethnobotaniques et les anecdotes courantes continuent à considérer la marijuana comme un bon remède contre les migraines pendant que des études biochimiques du THC et de l’anandamide pavent le chemin pour de plus amples recherches dans le domaine du traitement de la migraine.

L’auteur croit que des essais cliniques contrôlés pour le traitement de la migraine aigue avec le Cannabis sont justifiés. http://www.maps.org/news-letters/v08n1/08115rus.html

Mots clés : migraine, mal de tête, Cannabis, marijuana, dronabinol, ethnobotanie

Dans le journal Pain 76(1) : 3-8, 1998
Ethan Russo, M.D. mailto:ptm5739@montana.com
Clinical Child and Adult Neurologist
Clinical Assistant Professor of Medicine, University of Washington
Adjunct Associate Professor of Pharmacy, University of Montana

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Department of Neurology
Western Montana Clinic
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Introduction
Une des doctrines principales de l’histoire de la médecine est que les remèdes courants sont d’abord appréciés puis ne sont plus à la mode. Une fois remplacés, la plupart des pharmaceutiques échouent dans leur tentative pour de nouveau être prescrits. Très peu de médicaments sont populaires pendant de nombreuses décennies.

Aujourd’hui peu de médecins sont conscients de la proéminence que les médicaments à base de Cannabis ont tenu à une certaine époque de la pratique médicale. Des problèmes avec le contrôle de qualité et une association avec la perception de dangereux effets psychologiques sonnèrent le glas pour le Cannabis dans la médecine occidentale. D’autres médicaments, qui sont potentiellement bien plus dangereux que le Cannabis, demeurent dans notre pharmacopée à cause d’indications médicales bien reconnues : les opiacés pour le contrôle de la douleur, les amphétamines pour la narcolepsie et pour la condition d’hyperactivité, etc. La Thalidomide, qui pourtant a été bannie à cause de ses effets sur les nouveaux nés, revient peut être dans les thérapies modernes. Même la basse sangsue est de nouveau l’objet de sérieuses recherches médicales. Cette étude va examiner l’histoire du Cannabis pour une seule indication, celle du traitement de la migraine, son raisonnement scientifique, et son possible avenir comme une alternative de traitement.

Historique et usage ethnobotanique du Cannabis pour le traitement de la migraine
Les maux de tête ont mis l’homme dans la détresse depuis toujours. Les dossiers archéologiques fournissent des preuves à l’appui d’une ancienne association entre l’homme et les plantes du genre Cannabis, famille Cannabaceae. Son origine botanique est peut être de l’Est de la Chine, mais la plupart des experts pensent qu’elle vient d’Asie centrale, peut être des plaines du Pamir (Camp, 1936). Certains botanistes ont maintenu le Cannabis dans un genre unique alors que d’autres (Schultes et al., 1974) ont documenté de manière convaincante qu’il existe trois espèces de Cannabis : sativa, indica, ruderalis. Toutes contiennent la substance chimique psychoactive delta-9-tetrahydrocannabinol (THC) dans des quantités différentes.

L’utilisation des fibres de Cannabis a été datée au Carbon-14 aussi tôt que 4000 ans avant J.C. (Li, 1974) et cet usage a continué jusqu’à présent. La graine, est une ancienne nourriture et c’est peut être là que réside l’origine de son utilisation médicale. Les premier écrits semblent se trouver dans le Pen-tsao Ching, un herbier traditionnel écrit dans les premiers deux siècles après J.C., mais basé sur les traditions orales transmises depuis l’Empereur Shen-nung au troisième millénaire avant J.-C. Le texte indiquait que les fruits de la plante, si consommés à l’excès, produiront des hallucinations (littéralement "voir les diables") (Li, 1974). Le Zend-Avesta, le livre sacré du Zoroastrianism qui survit seulement en fragments daté de l’an 600 avant J.C. en Perse fait allusion à l’utilisation de Banga dans un contexte médical, et le traducteur l’identifie en temps que Cannabis (Darmesteter, 1895).

La littérature classique Grecque documente aussi la connaissance de l’état d’ébriété que produit le Cannabis. Herodutus, environ 450 ans avant J.C., décrivit comment les Scythians montaient leurs tentes, chauffaient des pierres, et jetaient du Cannabis en graines ou les sommités florifères afin de créer des vapeurs et les Scythians enchantés criaient leur joie. Les médecins grecs Dioscorides et Galen se sont penchés sur beaucoup d’indications médicales, la plupart gastrointestinales.

L’Atharva Veda d’Inde, daté entre 1400 et 2000 avant J.C. se référait à une herbe sacrée, le bhang, et des références médicales sur le Cannabis étaient citées par Susrata du sixième au septième siècle avant J.C. (Chopra et chopra 1957) et faisait mention de son usage pour la migraine (Dwarakanath, 1965). O’Shaughnessy fit connaître l’utilisation médicale du Cannabis indica, ou le chanvre indien, à l’occident en 1839 (Walton, 1938, Mikuriya, 1969). Son traité sur le sujet indiquait l’utilisation du Cannabis pour des patients souffrant de la rage, du choléra, du tétanos, et de convulsions infantiles.

Pendant la deuxième partie du 19ème siècle , de nombreux médecins en Europe et en Amérique du Nord conseillaient l’utilisation d’extraits de Cannabis indica pour le traitement symptomatique et préventif de la migraine.

Les adeptes incluaient Weir Mitchell en 1874, E.J.Waring en 1874, Hobart Hare en 1887, Sir William Gowers en 1888, J.R. Reynolds en 1890, J.B. Mattison en 1891, et al., (Walton, 1938 ; Mikuriya, 1969). Le Cannabis fut inclus dans les pharmacopées d’Angleterre et d’Amérique pour cette indication. Aussi tard que 1915, Sir William Osler, le père de la médecine moderne, parlait du traitement de la migraine.(Osler, 1915) Le Cannabis indica est probablement le remède le plus satisfaisant. Seguin recommande une utilisation prolongée. Ceci supporte son usage pour le traitement aigu et prophylactique de la migraine.

En 1916, une citation attribuée au Dr. Dixon, Professeur de Pharmacologie, au King’s College, et à l’université de Cambridge (Ratnam, 1916) montre bien que le Cannabis fumé est indiqué pour le traitement de la migraine. Il dit "dans les cas ou un effet immédiat est désiré, la drogue doit être fumée à travers de l’eau. Dans des moments de dépression, de fatigue mentale, d’un mal de tête nerveux, les sensations de fatigue disparaissent et le sujet peut continuer son travail rafraîchi et calmé."

Dans les années qui suivirent, le Cannabis fut perçu comme une drogue d’abus, fumée par une certaine classe sociale en temps que marihuana, marijuana. Néanmoins, le Cannabis continua à avoir des adeptes pour une quantité d’indications médicales pendant les premières décennies du 20ème siècle. En 1938, Robert Walton publia une revue compréhensive sur le Cannabis avec des discussions botaniques, historiques, chimiques et politiques. (Walton, 1938). Après avoir discuté la question de l’abus, il exprima sa croyance que l’action politique qui avait rendu la marijuana illégale aux U.S.A. (que l’Association Médicales Américaine a vigoureusement opposé) ne devrait pas servir à empêcher des possibles applications médicales et des investigations scientifiques sur le Cannabis. Walton se référa à douze autorités majeures sur son efficacité sur la migraine et seulement à un détracteur.

En 1941, les préparations au Cannabis furent enlevées de la pharmacopée Américaine (U.S.P.), mais l’année suivante, l’éditeur du journal American Medical Association préconisait toujours l’utilisation de Cannabis pour le traitement de la migraine menstruel (Fishbein, 1942). Ce médecin semblait préférer le Cannabis au tartrate d’ergotamine, qui demeure dans l’armement contre la migraine, quelques 55 ans plus tard. Cependant, le Cannabis était décrit pendant 8 décennies consécutives dans la littérature médicale Occidentale en temps que principal traitement de la migraine. Aussi tard que 1957, en dépit des contrôles gouvernementaux, les médicaments a base de Cannabis ont maintenu un rôle dans la médecine de l’Inde (Chopra et Chopra, 1957), ainsi que dans d’autres pays.

Dans les années soixante, la marijuana se trouva au centre de la conscience occidentale et atteint une notoriété qui empêcha toute application médicale. La recherche médicale a recommencé seulement dernièrement poussée par des rapports ou anecdotes de malades qui découvrirent l’effet sur leur maladie.

Développement de la recherche moderne sur le Cannabis
En 1974, la première de plusieurs études apparu et examinait les possibilités de soulager la douleur avec du Cannabis (Noyes et Baram, 1974). Cet article examinait 5 études de patients qui expérimentaient avec la substance pour traiter des conditions douloureuses. Trois avaient des migraines chroniques et trouvaient un soulagement en fumant du Cannabis qui était comparable ou supérieur au tartrate d’ergotamine et à l’aspirine.

Une autre étude sur le Cannabis se rapportait à la tolérance à la douleur dans un protocole expérimental (Milstein et al., 1975.) Une augmentation du seuil de douleur, significatif statistiquement, a été observé après avoir fumé du Cannabis chez des sujets naïfs (8% d’augmentation) et chez des sujets expérimentés (16% d’augmentation). Un autre essai impliqua du THC par voie orale chez des patients atteints de cancer (Noyes et al., 1975a). Ils observèrent un penchant vers le soulagement de la douleur avec des doses en escaliers significatif jusqu’au niveau P< 0.001. L’effet au sommet apparu à trois heures avec des doses de 10 et 15 mg, mais pas avant 5 heures après l’ingestion de 20 mg. Par la suite, l’effet analgésique du THC était comparé à de la codéine (Noyes et al., 1975b). En essence, 10 mg de THC oral contre 60 mg de codéine et 20 mg de THC contre 120 mg de codéine soulageaient la douleur des patients de la même façon. L’effet de 10 mg de THC était bien toléré, mais à 20 mg, la sédation et les perturbations psychiques dérangèrent un bon nombre de sujets âgés.

En 1980, des données plus compréhensives sur les effets pharmacologiques du Cannabis et des ses dérivés devirent disponibles. En 1983, des recherches avec des degrés élevés de THC fumé démontra une corrélation entre le serum THC et le subjectif "high"(Chiang et Barnett, 1983) En plus de cela, les sujets expérimentaux étaient capables de distinguer la concentration de Cannabis avec exactitude.

Dans une revue d’expertise médico-légale (Mason et al., 1985) l’issue de la conduite automobile sous l’emprise du Cannabis fut adressée et il était indiqué que des rapports isolés avec des fins adverses dues au Cannabis n’était pas unique mais d’autres drogues étaient également présentes. Les auteurs conclurent qu’il n’existait pas de corrélation entre le taux de THC sanguin et le degré d’ébriété que les hommes pouvaient exhiber.

En 1986,le journal Pharmacological Reviews consacra une issue entière sur le Cannabis et cannabinoids. Dans l’article Cellular Effects of Cannabinoids (Martin, 1986) l’auteur note leurs propriétés analgésiques, mais reporta que le mode d’action n’était pas bloqué par la naloxone, et semblait travailler indépendamment des mécanismes opioïdes.

Un autre article examina la pharmacokinétique (Agurell et al., 1986). Biens des aspects furent présentés, comprenant l’observation que fumer une cigarette standard de Cannabis détruisait environ 30% du THC présent.

L’article final de cet issue s’intitulait "health aspects of Cannabis" (Hollister, 1986) Les points les plus importants comprenaient l’efficacité du dosage de THC par inhalation chez 10% de marijuana-naïve contre 23% chez les connaisseurs. La biodisponibilité orale du THC était de seulement de 6%, et le début de l’effet ne se fit sentir qu’au bout de 30 à 120 minutes.

Fumer des doses massives de Cannabis pendant de longues périodes produisait une pression intraoculaire plus basse, des niveaux de testostérone sérum, et une constriction des bronches, mais pas d’aberrations chromosomiques , ni de malfonctions du système immunitaire ne furent notées. (Cohen, 1976). D’autres mythes sur la marijuana furent détruits en lisant avec attention la littérature à ce sujet. Pendant que l’aggravation de conditions psychotiques pré-existantes par l’usage de la marijuana était documenté, aucune relation de cause à effet ne fut notée.

Similairement, des études d’utilisation chronique en Jamaïque (Comitas et al., 1976) ne révélèrent aucun déficit dans la motivation et la production des ouvriers. Deux études de tomographie cérébrales électronique (CT scan) contredit la croyance qu’une utilisation lourde produisait une atrophie cérébrale (Co et al, 1977 ; Kuehnle et al., 1977). Quant au comportement, Hollister réfuta la croyance que le Cannabis contribuait à un comportement agressif et violent. En ce qui concerne

l’accoutumance, il nota de légers symptômes de manque tel que la nausée, les vomissements, la diarhrée, et des tremblements chez des sujets faisant un usage chronique et important. Mais ces symptômes étaient brefs et limités.

L’année suivante, un article intitulé "Marijuana et Migraine" (El-Mallakh, 1987) présenta trois cas pour lesquels un arrêt brutal d’un usage fréquent et prolongé de marijuana étaient suivi par des attaques de migraine. Un patient nota une rémission de ses maux de tête avec un usage épisodique de marijuana, pendant que les autres étaient traités avec succès avec des drogues conventionnelles. L’auteur émit l’hypothèse que l’action périphérique et vasoconstrictive du THC chez les rats, ou son action à réduire le taux de sérotonine des plaquettes des humains migraineux (Volfe et al., 1985), pourrait expliquer son activité.

En 1988 des initiatives furent entreprises au travers de la DEA pour classifier la marijuana au Tableau II la rendant potentiellement disponible aux patients. Le juge de loi administrative de la DEA, Francis Young, passa en revue une grande quantité de témoignages de patients, de chercheurs, et de politiciens avant de rendre son jugement. Bien que l’application de la marijuana pour la migraine n’ait pas été prise en compte, son utilisation fut approuvée en tant qu’anti-émétique, pour la sclérose en plaque et la paraplégie quand son usage pour le glaucome était considéré raisonnable. Il dit " Avec une analyse rationnelle, la marijuana peut être prescrite avec sûreté dans la routine de tout hôpital".

En 1992, un étude examina les préférences subjectives qu’ont les patients qui fument le Cannabis ou ceux qui ingèrent du THC oral (Chait et Zacny, 1992). Dix sujets en deux essais préféraient fumer du Cannabis contre le placebo, cependant dix sur onze préféraient du THC oral au le placebo. Ces résultats questionnent la possibilité d’un véritable aveuglement avec des préparations placebos pour des études sur la marijuana, particulièrement quand fumée.

Une compréhension plus profonde sur le Cannabis, le THC, et leur actions dans le cerveau pris place avec la découverte d’un cannabinoid endogène dans le cerveau humain, arachidonylethanolamide, appelé anandamide, du mot Sanskrit ananda, ou béatitude (Devane et al., 1992). Ce ligand empêchait l’AMP cyclique dans ses cellules cibles qui sont répandues et nombreuses dans le cerveau mais qui démontrent une prédilection pour les régions impliquées avec la nocicéption (Herkenham, 1993). Le rôle physiologique exact de l’anandamide est peu clair mais des tests préliminaires de ses effets comportementaux révèlent des actions similaires au THC (Fride et Mechoulam, 1993).

Des recherches supplémentaires éclairent les possibles mécanismes d’action thérapeutique qu’ont les cannabinoides sur la migraine. Un effet inhibiteur de l’anandamide et des autres cannabinoids agonists sur les récepteurs de la sérotonine type 3 (5-HT3) de rat fut démontré. (Fan, 1995) Ce récepteur a été impliqué comme médiateur des réponses douloureuses et émétiques. En 1996, une étude chez les rats démontra les effets antinociceptifs du delta-9-THC et autres cannabinoids dans la matière grise périaqueducale (Lichtman et al., 1996). Le PAG a souvent été cité comme une possible zone de génération de migraine (Goadsby et Gundlach, 1991) La compréhension que le Cannabis et le THC agissent par des processus cérébraux, biochimiques et naturels a intensifié le débat public des bénéfices médicaux de la marijuana. En 1993, un livre intitulé : Cannabis : Médecine Interdite (Grinspoon et Bakalar, 1993) examina une variété de témoignages sur le bien de la marijuana pour plusieurs maladies, et contient une section entière sur la migraine. Une vignette clinique discutait longuement l’odyssée d’un migraineux au travers des échecs avec des pharmaceutiques standards, et leur ultime préférence pour de petites doses de marijuana fumée pour contrôler leurs symptômes. L’éditeur du British Medical Journal (Smith, 1995) écrivit récemment un éditorial poussant à la modération dans la guerre contre la drogue. Le journal " American Medical Association " publia un commentaire dans ce sens en 1995 (Grinspoon, 1995). L’auteur calcula les risques potentiels concernant la respiration comme peu élevés et il fait remarquer la contradiction du tableau II pour le THC synthétique, dronabinol, alors que sa source naturelle, la marijuauna demeure au Tableau I et de ce fait est inaccessible aux patients qui préfèrent titrer leurs doses avec plus de précision. Grinspoon émit l’hypothèse que les effets synergistiques de toute la plante et de ses composants sont différents comparé au THC pur.

Le journal American Journal of Public Health demanda (AJPH, 1996) l’autorisation d’utiliser la marijuana comme un médicament d’investigation (IND). Le gouvernement Australien (Hall et al., 1995) a récemment compilé une revue exhaustive sur les séquelles de l’usage du cannabis. En résumé, il dit :

Effets aigus
Anxiété, dysphorie, panique et paranoia, spécialement chez les nouveaux utilisateurs ;

Diminution psychomoteur, et probablement un risque accru d’accident si une personne intoxiquée conduit un véhicule, ou des machines ;

Un risque accru d’avoir de petits enfants si on fume pendant la grossesse.

Dans une revue, récente de plus de 65,000 dossiers de patients des HMO (Sidney et al., 1997), peu d’effet fut noté après avoir fumé du Cannabis sur la morbidité et la mortalité de patients non atteints du SIDA.

Certainement pas tout le monde du milieu médical est convaincu du bénéfice de l’usage médical du Cannabis. Dans une revue récente (Voth et Schwartz, 1997) les auteurs conclurent : "l’évidence ne supporte pas la reclassification du Cannabis au Tableau II". Cependant, leur étude était loin d’être compréhensive, se limitant aux issues cliniques de nausées, de stimuler l’appétit, du glaucome et de la spasticité.

Avec méthode, cette étude est inexacte en cela que seule la littérature de 1975 à 1996 fut consultée, une ére pendant laquelle il était difficile de faire des études sur le Cannabis. Ces auteurs n’examinèrent ni la migraine pour l’utilisation du Cannabis ni la littérature passée sur le sujet. Le débat sur le sujet du "Cannabis médical" s’est propagé sur le World Wide Web, et contient une myriade d’articles et de témoignages attestant du bien fondé du cannabis pour de nombreuses applications.

De nombreux investigateurs ont examiné les rôles de différents moyens de délivrer la fumée (Gieringer, 1996). De ces études, il est clair qu’en vaporisant la marijuana il est possible de délivrer des doses élevées de THC aux poumons d’un patient bien en dessous du point de combustion de la feuille de Cannabis, éliminant ainsi une bonne partie de la fumée, contenant du goudron et autres carcinogènes. Cependant le joint de marijuana était aussi efficace qu’un autre procédé pour fumer, incluant les pipes à eau, donnant un ratio favorable de THC au goudrons et autres sous produits de la fumée. Une méthode standardisée pour fumer le cannabis a été développée pour les futures recherches médicales (Foltin et al., 1988)

Des préparations en suppositoire ont été utilisées dans le passé, et peuvent être une forme acceptable pour un migraineux, bien que le dosage soit plus difficile à établir.

Discussion
Malgré le développement de médicaments de sérotonine 1D-Agonist, la migraine demeure un sérieux problème pour la santé publique. Une estimation de 23 millions d’Américains souffrent de sérieuses migraines. De ceux-là, 25% ont 4 ou plus d’épisodes par mois (Stewart et al., 1992) et 35% ont 1 à 3 maux de têtes par mois. En termes économiques, l’impact de la migraine est énorme : une estimation de 14% de femelles, et 8% de mâles ont ratés une portion de jour de travail ou d’école en un mois (Linet et al., 1989). La migraine a une estimation d’impact économique de 1,2$ à 17,2$ milliards annuellement au U.S.A. en termes de productivité perdue (Lipton et al., 1993). En 1990 des études furent publiées qui décrivaient le profil biochimique du traitement de la migraine avec la pharmacologie des récepteurs sérotonins (Peroutka, 1990). Ce fut cette recherche qui conduisit au développement des premières drogues actives sur les soustypes de récepteurs sérotonins, sumatriptan, et ondansetron.

Cependant, en dépit du succès justifiable du sumatriptan afin de traiter les migraines aigues, des problèmes demeurent. Bien que rapidement active de manière souscutanée, son absorption par voie orale est plus tôt lente et souvent peu fiable chez le migraineux. Sumatriptan et ses analogues sont inefficaces lorsque pris pendant la phase d’aura de la migraine classique (Ferrari et Saxena, 1995). En plus, la réapparition des maux de tête après les agents agonistes "triptan" 5-HT1D est fréquente. Malheureusement, des dosages répétitifs et le développement d’agents avec de plus longues demi-vies ne semble pas résoudre le problème (Ferrari et Saxena, 1995).

Une autre curiosité dans le développement du sumatriptan est sa relative inabilité de franchir la barrière "sang-cerveau". Une fois de plus, le développement de nouveaux agents avec une amélioration de la pénétration du systême nerveux central n’a pas amélioré l’efficacité, mais augmente les effets secondaires, tels que la gorge et la poitrine serrées, un engourdissement, de l’anxiété, etc. (Ferrari et Saxena, 1995 ; Mathew, 1997).

Encore plus décevant, aucune des drogues triptan ne semble exercer un bénéfice sur la fréquence des migraines, ce qui n’est pas le cas de la dihydroergotamine qui montre un degré de bénéfice prophylactique.

L’auteur croit que ce groupe d’agents, bien que impressionnants, en quelque sorte représentent un dead end thérapeutique. Spécialement lorsque l’on considère les grands pourcentages de migraineux qui ne répondent pas aux triptans, ou qui ne les tolèrent pas, il existe un grand besoin pour des agents de traitements alternatifs.

L’auteur croit que l’issue de la marijuana légale mérite un sérieux examen scientifique, de manière biochimique et clinique.

Les résultats d’essais cliniques contrôlés peuvent être de valeur pour les migraineux et les professionnels qui les traitent parce qu’il y a un grand besoin d’autres médicaments qui vont traiter cette condition à son stage aigu. En ce moment, le meilleur médicament disponible, une injection de sumatriptan (Imitrex) a été inefficace pour 30% des patients, ou a produit des effets secondaires indésirables à 66% des patients quand injecté en subcutanée (Mathew, 1997). L’évidence disponible semble indiquer que le cannabis fumé est une alternative bien plus sûre que le spray nasal butorphanal (Satdol-NS) qui jusqu’à présent est une drogue approuvée aux U.S.A. pour le traitement de la migraine en dépit de son accoutumance et avec des effets secondaires (Fisher et Glass, 1997).

Conclusions :

-  Le Cannabis, soit ingéré, soit fumé a une longue histoire d’usage sûre et efficace pour le traitement de la migraine.
-  Le Cannabis a une action légère mais réel d’analgésique.
-  Le Cannabis affecte le processus nociceptif du cerveau et peut agir dans les passages sérontonergiques impliqués dans la migraine.
-  Le Cannabis est un anti-émétique, ce qui représente une bonne qualité pour traiter la migraine.
-  Le Cannabis, même quand pris à l’abus, a une légère accoutumance, il est sans danger avec un dosage normal et surtout sous la supervision d’un médecin.
-  Le premier problème du Cannabis en temps que médecine est son effet pulmonaire, mais cela est minimal pour un usage occasionnel, intermittent.
-  Le Cannabis quand inhalé est rapidement actif, courtcircuite l’absorption gastrointestinale (difficile avec la migraine) et peut être mieux dosé pour soulager les symptômes.
-  Le Cannabis consommé dans une cigarette de marijuana présente le potentiel pour un traitement efficace contre la migraine aigue.

Pour conclure une citation semble pertinente (Schultes, 1973) :
Il ne peu exister aucun doute qu’une plante qui a été la partenaire de l’homme depuis le début des efforts agriculturaux, une plante qui a servi l’homme en tant de manières, et que sous le microscope moderne de l’étude chimique, fournit des composés nouveaux et intéressants continuera a faire partie de l’économie de l’homme. Ce serait un luxe que nous ne pouvons nous offrir, si nous accordons aux préjudices qui résultent de l’abus du Cannabis, que d’empêcher des chercheurs de connaître cette plante ancienne et mystérieuse.