2003/02/04 - 24 Heures
"Le programme ne se fume pas", avertit d’emblée Jean-Charles Kollros en distribuant le menu des réjouissances des premiers Etats généraux valaisans du chanvre. Remarque non dénuée de bon sens puisque le programme exhale le parfum doucereux du tsénévo, chanvre en patois.
C’est dans la bien-nommée Ferme-Asile, à Sion, que les organisateurs ont trouvé refuge hier, après que l’Ecole cantonale d’agriculture leur eut fait faux bond au dernier moment. Hypocrisie, à en croire une observatrice privilégiée. Dit crûment : ici tout le monde fume mais on n’en parle pas.
Ces états généraux seraient donc une façon de secouer le cocotier "quatre jours contre l’omerta et la pensée unique" et de rappeler que cette plante ancestrale était travaillée en Valais jusque dans les années 1950. Utile au moment où les Chambres fédérales débattent de la dépénalisation du cannabis. Voire révolutionnaire dans un canton où on refuse l’avortement, le pacs et qui abrite la congrégation la plus réactionnaires du pays : Ecône. Rompons l’omerta. Où est le chichon ? Malheureuse ! Ici, pas question de fumette, ni même de "coussins thérapeutiques" : "On n’est pas des babas attardés !" C’est de chanvre industriel et agricole dont on parle : carburant, textile, huiles essentielles et autres jus de pomme. Le chanvrier Bernard Rappaz à qui on a demandé de rester discret tant sa personnalité provoque des réactions tranchées avait en son temps proposé de remplacer la vigne de troisième zone par l’herbe qui rend nigaud. "Une façon de sauver l’agriculture", confirme un distillateur de chanvre. Alors demain, ce ne seront peut-être plus les stations de ski, la viande séchée ou la raclette qui sauveront le Valais, mais bien le chanvre. Avec une AOC ?