L’apport d’environ 2,6 kg de M.S. de tourteau de chènevis à des vaches laitières en phase descendante de lactation en remplacement de luzerne et de tourteau de soja a entraîné une augmentation des quantités totales ingérées de 1,1 kg de M.S. explicable par une proportion en concentré plus élevée dans le lot expérimental a été plus élevée (+6,5%) que celle du lot témoin. Le tourteau de chènevis représentait 32% du concentré mais ne pèse que 10% par rapport à la ration totale. La production laitière a été améliorée d’environ 0,9 kg (soit environ 3%).
L’effet le plus marqué porte sur le taux butyreux qui a été nettement réduit (-3,6 g/kg soit 9% ; p<0,008), le taux protéique n’étant pas sensiblement modifié.
La baisse du T.B. est partiellement explicable par l’augmentation de lait. Il est également probable que la part plus importante de C 18:3 contenu dans le tourteau de chènevis par rapport à celle du tourteau de soja a dû contribuer à la baisse de la quantité de matières grasses produite.
L’apport de tourteau de chènevis a entraîné une diminution des acides gras courts (C 4 à C 12) et moyens (C 13 à C 17) et tout particulièrement de l’acide palmitique (C 16:0) de 7 points. Par contre on note une augmentation de la teneur en acide stéarique (C 18 : 0) et oléique (C 18:1) respectivement de 2,9 points et 7,8 points.
Ces résultats vont dans le même sens que ceux observés par F. Morel d’Arleux et al. Avec le tourteau de lin.
L’augmentation des teneurs des deux acides gras en C 18 dans le lot expérimental peut s’expliquer par l’apport alimentaire enrichi en acide linoléique et acides linoléniques, acides gras qui subissent dans le rumen une biohydrogénation totale (conduisant à la formation de C 18:0) ou partielle (conduisant à la formation de C 18:1 cis et de tous ses isomères trans, comme on pourrait le vérifier par analyse). Ainsi, cette biotransformation entraîne une absorption intestinale d’acides stéarique et oléique plus importante chez les vaches du lot expérimental que chez les vaches du lot témoin. On peut penser que l’incorporation de ces acides gras dans le lait se fait alors aux dépends des autres acides gras, principalement de l’acide palmitique.
L’incidence de la composition en acides gras sur la rhéologie des produits élaborés à partir du lait de vaches "alimentation chènevis" ne peut être prédite. La présence élevée de chaînes insaturées (C 18:1) serait en faveur d’une meilleure plasticité du beurre par rapport aux témoins riche en acides gras saturés (C 16 : 0). Cette hypothèse devrait cependant être confirmée par l’analyse des matières grasses.
Le comportement d’une matière grasse est en effet conditionné tant par la structure glycéridique que par la composition en acides gras. Le beurre devient beaucoup plus mou si la teneur en C 18 : 1 est > à 23% et à l’inverse il est plus dur si la teneur en C 16:0 est > à 30% d’après Guyonnet. La détermination des courbes de teneur en solides à différentes températures par RMN, ainsi que la détermination du point de fusion sont des critères pertinents pour différencier des beurres.
Chaque éleveur devra tenir compte de l’impact zootechnique obtenu dans cet essai et l’intérêt de ce produit sera également lié à son prix. Il serait intéressant de confirmer les résultats obtenus, car aucun autre essai n’a été réalisé sur ce produit.