La graine de chanvre, l’huile de chanvre et le tourteau de chanvre
La culture du chanvre est traditionnellement exploitée pour sa fibre. Cependant sa graine oléagineuse appelée chènevis présente certains intérêts. En effet, celle-ci est particulièrement riche en protéines (25%), en acides aminés et en acides gras 30% dont 75% d’acides gras essentiels. Ce profil fait de la graine une ressource alimentaire de premier ordre. L’huile sert pour des usages diététiques ou encore cosmétiques à destination de l’homme tandis que les tourteaux riches en protéines peuvent être valorisés par le secteur de l’alimentation animale. Dans ce contexte, la graine permet d’atteindre un niveau de rémunération satisfaisant pour inciter l’agriculteur à cultiver cette plante.

Quant aux tourteaux, ils sont issus de la simple pression à froid des graines de chènevis. Ce mode d’extraction purement mécanique possède un rendement moyennement performant puisque 15% de la matière grasse subsiste dans le produit après trituration.

La présente étude relate son utilisation dans la filière de l’alimentation animale et tout particulièrement celle des vaches laitières.

La Chanvrière de l’Aube produit chaque année plus de 5000 tonnes de graines. Lorsque l’ensemble de cette production sera transformée nous disposerons de 3500 tonnes de tourteau d’où la nécessité de connaître dès aujourd’hui l’intérêt alimentaire de ce produit.

L’incorporation de matières grasses dans la ration des vaches laitières a des effets variables selon leur nature, le traitement technologique, le régime et le stade de lactation (Chilliard, 1993). L’addition d’huiles végétales ou de graines oléagineuses se traduit par une baisse du TB et une modification de la composition du lait en acides gras (Doreau et Chilliard, 1992). L’apport d’acides gras insaturés diminue le rapport acétate/propionate du rumen par la diminution des populations de protozoaires et de l’activité des bactéries cellulolytiques (Tamminga et Doreau, 1991).

Dans un essai précédent, réalisé sur des vaches en début de lactation (Brunschwig et al., 1995), la distribution de 1,5 kg de concentré azoté extrudé (Dextroyer R) comportant des acides gras insaturés avait permis de faire baisser le TB de 4,2 g/kg sans modifier le TP ni la production.

De même, dans un essai testant l’apport de 3,7 kg de tourteau de lin sur des vaches laitières en milieu de lactation (Morel d’Arleux et al., 1999) avait amélioré la production de lait (1,8 kg) mais avait fait chuter le TB (-3,7 g/kg) ainsi que le TP (-1,1 g/kg).

Le rythme annuel d’accroissement du taux butyreux (TB) de 0,4 g/l de lait collecté connu dès 1988 en France semble se ralentir depuis 1994. Néanmoins les éleveurs dépassant leur référence matière grasse sont chaque année plus nombreux. Le "correctif matières grasses", quantité de lait non livrable selon le dépassement de la référence en matières grasses (MG) augmente régulièrement ; il représentait 0,8 % de la référence laitière française en 1990-91 et atteignait 2,4% pour la campagne 1995-96. De plus, le "correctif MG" réduit la quantité de matière protéiques valorisables par la transformation laitière.

Le niveau génétique TB des troupeaux s’est stabilisé en 1994-95 après une longue période d’augmentation régulière. Dans les trois principales races laitières, il devrait continuer de baisser pour retrouver en 2000 son niveau de 1993-1995 (Institut de l’Elevage INRA 1995).

Pour répondre à l’augmentation de consommation en produit frais et fromages et à la stabilisation de consommation des matières grasses, la réduction de l’écart entre les taux du lait est recherchée par un maintien du TP et une baisse du TB.

Pour agir en élevage plus rapidement et de façon plus marquée que par la voie génétique, l’alimentation peut être utilisée par modification de la nature des composants de la ration. Le tourteau de chènevis peut être une alternative partielle au tourteau de soja dont la traçabilité, lorsqu’il est importé, n’est pas garantie.