Chanvre - 14 producteurs condamnés par ordonnance pénale, 7 renvoyés devant un tribunal et 75 acquittés. Cent huit producteurs sous surveillance, 38 hectares de chanvre : la justice et la police n’ont pas chômé sur le front du chanvre indigène en 2002. Un communiqué du juge d’instruction Markus Julmy fait le point sur l’exercice, au terme duquel quatorze producteurs ont été condamnés par ordonnance pénale, sept renvoyés devant un tribunal et 75 acquittés.
Le branle-bas de comba
t avait été lancé au printemps 2002. La production ou l’usage de la plante n’étant interdit que lorsqu’il est destiné à fournir des stupéfiants, les juges d’instruction Olivier Thormann et Markus Julmy ont élaboré avec la police un plan d’envergure destiné à séparer le bon grain de l’ivraie.
Une cellule spéciale comprenant quinze policiers a été mise sur pied, des locaux loués pour entreposer les séquestres. L’armée a mis un hélicoptère à disposition, ce qui a permis, en quelques heures de vol, de découvrir de nombreuses cultures de chanvre perdues dans la campagne. Selon le juge Julmy, le but de ces préparatifs était avant tout de s’assurer que le chanvre fribourgeois soit employé de manière licite.
62 producteurs en Singine
La campagne a commencé le 31 juillet 2002, avec la fermeture de huit commerces de chanvre en ville de Fribourg, ce qui a supprimé la plupart des filières de commercialisation illégale.
Puis les autorités se sont intéressées aux producteurs, inégalement répartis selon les districts.
La Singine venait largement en tête, avec 83 champs, couvrant 20 hectares et appartenant à 62 producteurs. La Broye et le Lac comptaient respectivement 19 et 16 cultivateurs, exploitant 11,4 et 5,3 ha. Les découvertes en Glâne (0,8 ha), en Sarine (0,51 ha), en Gruyère et en Glâne sont anecdotiques.
Dans le 99% des cas, les analyses du chanvre ont montré des taux de THC (le contenu rigolo de la plante) supérieurs aux 0,3% admis par le Tribunal fédéral. Dans un magasin, ce taux est même monté jusqu’au chiffre faramineux de 28%.
des dizaines de litres
Sous surveillance constante, les paysans n’avaient plus guère que le choix que de marcher droit ou de passer à la casserole. Certains d’entre eux ont détruit leurs cultures (5,8 ha). La plus grande partie du chanvre récolté a été transformée en huile pauvre en THC par distillation. Cela a permis de produire des dizaines de litres d’huile (il faut de 1000 à2 000 mètres carrés de sol et plusieurs heures de travail pour en produire un). La police a étroitement surveillé l’évacuation et la destruction des déchets de distillation riches en THC.Un juge, cela ne fait pas que guider les paysans par la menotte sur les chemins ardus de la vertu chanvrière. Olivier Thormann et Markus Julmy ont donc également jugé et renvoyé en tribunal les cultivateurs en délicatesse avec la Loi sur les stupéfiants (lire en page 19). Six d’entre eux ont été condamnés par des ordonnances pénales aujourd’hui définitives. Huit autres ont fait opposition à leur condamnation et passeront devant le juge de police. Sept cas, plus graves, ont été renvoyés devant le tribunal pénal. La grande majorité des cultivateurs (75), toutefois, s’en sont tirés avec des ordonnances de classement. Dans 32 cas, toutefois, le juge a mis à leur charge une partie des frais de la procédure, estimant que l’attitude des paysans avait rendu les choses plus difficiles. AR