2003/09/25 - La Liberté

LITZISTORF - Opération antichanvre, hier dans les cantons de Fribourg et de Berne. L’ancienne société CannaBioland a été perquisitionnée par une quinzaine d’agents.

Le domaine CannaBioland à Litzistorf a eu droit à une perquisition, hier matin. Au total, soixante-deux caisses, soit environ une tonne de chanvre séché issu de la récolte 2003, ont été séquestrées par la quinzaine de policiers présents. C’est à 8 h que les agents, accompagnés du juge d’instruction Markus Julmy, ont débarqué sur les lieux.
Mais pourquoi précisément hier ? Faut-il y voir un lien avec la décision prise mardi par le Tribunal cantonal (TC) d’annuler les perquisitions de 1996 et 1997 à CannaBioland "Cela n’a rien à voir, c’est le fruit du hasard ! L’action était planifiée depuis dix jours. De toute façon, la décision du TC ne nous concerne pas", s’empresse de préciser Markus Julmy. Un avis que ne partage pas Joachim Lerf, avocat de l’actuel exploitant. "Cette action d’une ampleur qu’on a rarement vue dans le canton de Fribourg se déroule un jour après la décision du Tribunal cantonal. Quelle drôle de coïncidence", ironise l’avocat de Rolf Boschung, qui exploite trois hectares sur le domaine de CannaBioland.

"il était dans la légalité !
Il commence à avoir l’habitude des perquisitions, celui qui exploite depuis 2001 la propriété appartenant à Armin Käser, chanvrier bien connu de la justice fribourgeoise. Il y a une année, il avait déjà reçu la visite des pandores fribourgeois. Après environ trois mois de détention, il avait été relâché. "A l’issue de sa détention préventive, Rolf Boschung s’était engagé à ne plus produire ni vendre du chanvre. On lui a fait confiance et voilà le résultat", lâche le juge d’instruction.
Une intervention inacceptable selon le chanvrier singinois. "J’ai joué le jeu de la transparence. Après l’annonce des juges d’instruction, ce printemps, de fixer la limite du taux de THC (substance psychotrope, ndlr) dans le chanvre à 0,3% pour qu’il ne soit pas considéré comme stupéfiant, j’ai fourni les contrats à la police relatifs aux semences achetées et aux clients fournis".
Inacceptable également, selon Me Lerf, l’absence du juge d’instruction en charge de l’affaire, Olivier Thormann. "Markus Julmy le remplace alors qu’il ne connaît pas le dossier. L’épouse du juge Thormann fête son anniversaire". L’avocat précise également que la précédente perquisition en septembre 2002 avait fait l’objet d’un recours, accepté il y a quelques mois par le Tribunal fédéral. "Alors, pourquoi revenir à charge sachant qu’ils ont toutes les preuves nécessaires ?"

perquisition à berne
Une action qui n’est pas tout à fait le fruit du hasard. "Il y avait des soupçons", souligne Markus Julmy. Le juge d’instruction évoque des informations en provenance d’autres cantons, mais il n’en dira pas plus. "En voyant le chanvre pousser dans les champs, on a vite compris que M.Boschung ne respectait pas sa promesse de ne plus toucher au chanvre".
En outre, le juge d’instruction met en cause le magasin d’articles à base de chanvre que Rolf Boschung exploite à Berne. "Le paysan fribourgeois normal n’entretient pas une boutique de chanvre", ajoute le magistrat. Un point de vente que les policiers fribourgeois n’ont pas manqué de visiter, hier après midi. Idem pour le domicile du chanvrier à Heitenried où les agents ont séquestré la somme de 13 000 fr. "Il faudra déterminer la provenance de cet argent. Quant à l’échoppe bernoise, elle n’a révélé aucun secret", précise M. Julmy. Selon Joachim Lerf, "tout ce cirque est inadmissible d’autant plus que mon client est dans une situation légale. Les produits qu’il vend à Berne sont réglementaires, il s’agit d’huile, d’habits ou de cosmétiques à base de chanvre".
A noter que le Singinois n’a pas eu le monopole de la perquisition. En l’espace d’un jour, trente-quatre policiers sont intervenus à cinq reprises dans les cantons de Fribourg (3) et Berne (2). Le juge d’instruction n’a toutefois pas souhaité nommer les lieux. La police ajoute qu’au même moment une autre personne a été interpellée en Singine, en possession d’une petite quantité de chanvre séché ainsi que de quelques milliers de francs.
Une affaire qui intervient à l’heure même où les Chambres fédérales débattent de la dépénalisation de la consommation de chanvre.

stéphanie Schroeter