"Haute-Normandie : la banalisation du cannabis en question" par Paris Normandie.fr
A propos de Jean Costentin : ce qui caractérise l’homme, outre sa haine viscérale envers le cannabis (raison ?), c’est qu’il fait une fixation sur une multi-atteinte des testicules, du système reproducteur et même de la libido et sur d’autres théories scientifiquement contestées comme la schizophrénie (voir ceci et cela qui mettent un terme au débat !) induite par le cannabisme. Ce qui lui a valu ce dessin du CIRC :
(Sous le titre de Exorcisme.jpg)
Publié le 29/08/2015 á 22H32
http://www.paris-normandie.fr/detai...
Haute-Normandie : la banalisation du cannabis en question
En Haute-Normandie, 7 % des 507 jeunes de 17 ans interrogés déclarent consommer régulièrement du cannabis, contre 4 % en 2011
Addictions. Selon une enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, les jeunessont plus nombreux qu’il y a trois ans à déclarer fumer régulièrement du cannabis. Si la Haute-Normandie reste en dessous de la moyenne nationale, la consommation semble s’y banaliser.
Sur la première carte de l’étude, la Haute-Normandie apparaît en vert avec trois symboles : une pinte de bière, le sigle API pour « alcoolisations ponctuelles importantes » et... une feuille de cannabis. C’est plutôt bon signe puisque ça signifie que la consommation régulière de cannabis chez les jeunes de 17 ans de la région est inférieure à la moyenne nationale. « Ça ne veut pas dire qu’ils sont moins nombreux qu’avant à fumer, tempère Olivier Le Nézet, l’un des auteurs de l’analyse publiée en juillet par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Nous observons au contraire une forte augmentation de la consommation au niveau national par rapport à l’étude de 2011. Une tendance qui existe aussi en Haute-Normandie. »
« La parole se libère »
Avec 9,2 % de consommateurs réguliers entre 2014 contre 6,5 % en 2011, la France retrouve le niveau de 2008. La Haute-Normandie passe quant à elle de 4 % à 7 %. Des chiffres que nuance le Collectif d’information et de recherche cannabique. « C’est délicat de faire un comparatif entre la situation il y a trois ans et aujourd’hui, souligne KShoo, cofondateur du collectif. La parole se libère peu à peu et les gens s’expriment plus facilement sur leur consommation. »
À l’Agence régionale de santé de Haute-Normandie, ces résultats sont plutôt bien accueillis. « Il n’y a pas de quoi fanfaronner puisque nous suivons le rebond national, insiste Thomas Auvergnon, chef de projet addictions. Mais c’est rassurant. La consommation de cannabis n’explose pas et nous restons en dessous de la moyenne nationale. Les jeunes ont un comportement moins catastrophique qu’on le dit. » Par contre, difficile de savoir pourquoi la région est moins touchée. « Historiquement, elle est très marquée par les addictions des adultes à l’alcool et au tabac, rappelle Thomas Auvergnon. Peut-être que la prise de conscience est plus importante ici qu’ailleurs, notamment dans le milieu scolaire (lire ci-dessous, ndlr). Mais il faut rester vigilant. »
D’autant que le cannabis qui circule sur le marché haut-normand a beaucoup évolué ces dernières années. En dix ans, le taux de THC, le principe actif du cannabis, a été multiplié par trois. Et ce n’est pas la seule drogue disponible. « Il y a un gros trafic d’héroïne en provenance des Pays-Bas, indique-t-on au Service régional de police judiciaire de Rouen. La cocaïne, elle, arrive d’Amérique du Sud par le port du Havre. Le trafic de drogues de synthèse est plus anecdotique. »
Dossier réalisé par Charly Le Gal
La prévention gagne du terrain
Les moyens financiers. Cette année, environ 12 millions d’euros sont déjà assurés aux dix-neuf Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) de la région. « L’enveloppe a quasiment doublé en dix ans », se félicite Thomas Auvergnon, chef de projet addictions à l’Agence régionale de santé (ARS) de Haute-Normandie. Près de 500 000 € sont également dédiés à la prévention des addictions : 281 000 € proviennent de l’ARS et 218 000 € des crédits du plan de lutte national, gérés par la préfecture de région. Les actions contre les addictions s’illustrent par un étroit partenariat entre les différents acteurs.
La méthode. « Quand on parle d’addictions, il faut savoir qu’il y a différents usages, martèle Fabienne Cisterne, infirmière et conseillère technique au Rectorat. L’adolescence est une période où on essaie des choses, pour faire comme les copains. Mais on peut s’arrêter. Ce n’est pas en faisant peur qu’on fait de la prévention. Il faut donner au jeune l’estime de soi, trouver en en lui les qualités qui vont lui permettre de dire non à un comportement collectif. » Pour Thomas Auvergnon, qui parle de "stratégie d’approche globale des addictions", les actions doivent « ne pas être ponctuelles mais s’inscrire dans un programme d’actions porté par la communauté éducative, s’adresser à des petits groupes avec des méthodes interactives et être menées par des acteurs crédibles pour les adolescents ».
Les actions. Ce sont d’abord des interventions dans les établissements scolaires, de la primaire au lycée. « Nous venons à deux, avec une infirmière, explique Gwendoline Guillot, éducatrice spécialisée dans un Csapa. Il y a un questionnaire, des vidéos, un débat... Ça nous permet aussi de parler des consultations jeunes consommateurs », gratuites, anonymes et basées sur le volontariat. « Les 250 infirmières scolaires de la région et les personnels éducatifs savent vers qui orienter les élèves en fonction de leurs addictions », ajoute Fabienne Cisterne.
L’encadrement de sa consommation en question
Avez-vous le sentiment que la consommation de cannabis se banalise chez les jeunes ?
Jean Costentin : « Il y a un véritable tsunami, une pandémie cannabique. On compte plus de 1,6 million de consommateurs réguliers en France (1,4 million selon l’Observatoire des drogues et des toxicomanies, ndlr), dont près de 600 000 fument quotidiennement. Et ça va en augmentant au fil du temps. En Haute-Normandie, le nombre d’usagers réguliers semble être un peu plus bas. C’est peut-être parce qu’on fait plus de prévention qu’ailleurs. »
Jean Costentin
Farid Ghehiouèche : « Ça fait bien longtemps que la consommation de cannabis s’est banalisée. Elle touche tous les milieux sociaux, et pas seulement les jeunes. C’est la conséquence d’une politique de répression lancée il y a plus de quarante ans avec la loi de 1970. À force de dire que le cannabis est une drogue, on banalise son usage. »
Farid Ghehiouèche
Faut-il s’en inquiéter ?
J. C. : « Les méfaits de cette drogue sur la santé sont connus depuis longtemps. Sur le cerveau d’abord. Plus on en consomme, plus les effets désagréables s’estompent et les effets « appétifs » s’intensifient. Il y a d’autres conséquences psychiques : troubles d’attention, mémoire de travail affectée, schizophrénie... Quand son usage est associé à la consommation d’alcool, on a quatorze fois plus de risques d’avoir un accident de la route. On constate des méfaits sur le corps ensuite. Le fait d’ajouter de la résine au tabac augmente la toxicité cancérigène. La THC, le principe actif du cannabis, fait diminuer la réponse aux infections. Il y a aussi davantage de risques de faire un infarctus, un AVC et d’avoir un cancer des testicules. Fumer quand on est enceinte engendre des grossesses plus courtes et peut provoquer un déficit d’attention de l’enfant. »
F. G. : « Bien sûr qu’il faut s’en inquiéter. Déjà parce que plus on débute jeune, plus l’impact est néfaste sur la santé. Ensuite parce qu’avec le marché noir, les consommateurs sont confrontés à des produits parfois frelatés. De la résine coupée à de l’huile de vidange par exemple. Ou de l’herbe qui n’en est pas réellement et sur laquelle on a collé des billes de verre pour l’alourdir. »
La légalisation du cannabis pourrait-elle être une solution ?
J. C. : « La France compte entre 13 et 14 millions de fumeurs de tabac et entre 3 et 4 millions d’alcoolo-dépendants. Si on légalise le cannabis, le nombre de consommateurs pourrait atteindre celui des alcoolo-dépendants, et pourquoi pas celui de fumeurs de tabac. Faisons d’abord de la prévention. Et si le nombre de consommateurs de cannabis diminue, on pourra reposer cette question de la légalisation. »
F. G. : « Avec l’ENCOD (Coalition européenne pour des politiques justes et efficaces en matière de drogues, ndlr), nous militons pour une régulation du marché ancrée dans une économie sociale et solidaire sur le modèle du Cannabis social club, et contrôlée par l’État. Réguler ce marché permettrait déjà de renflouer en partie les caisses de l’État, qui dépense près de 800 M€ par an (568 M€ selon la Fondation Terra Nova, ndlr) pour réprimer son usage. L’instauration de taxes pourrait rapporter entre 2 et 4 milliards chaque année. On pourrait aussi fonder une nouvelle filière chanvricole, relancer l’activité des paysans et créer au bas mot 100 000 emplois. Réguler permettrait également de mieux juguler la consommation, en fixant un âge limite à 16 ans par exemple. »
Avez-vous constaté la consommation de nouvelles drogues ?
J. C. : « En cinq ans, près de 180 nouvelles drogues ont fait leur apparition en France. Des produits de moins en moins chers et de plus en plus forts. C’est plus facile pour un consommateur de cannabis d’aller vers ces produits car, au fil du temps, son plaisir diminue et il en recherche un nouveau. »
F. G. : « Avec le marché noir apparaissent de nouvelles substances psychoactives. Certaines d’entres elles miment le cannabis, mais elles ont de graves effets sur la santé. Ces substances sont principalement produites en Chine et vendues sur internet. Et le pire, c’est qu’elles sont légales. »
* Jean Costentin est aussi membre de l’Académie nationale de médecine et professeur émérite à la Faculté de médecine de Rouen.
** Cannabis sans frontières est un collectif à but politique créé en 2009 afin d’inscrire dans le débat public la question de la légalisation ou de la sortie de la prohibition.